![]() Toutes les news c'est ici Contact
Abonner un(e) ami(e) Vous abonner Qui sommes nous ? |
10.07.2022 - N° 981 Inflation : les solutions de ceux qui ont créé le problème
Par Simone Wapler Simone Wapler a été directrice éditoriale des publications Agora, spécialisées dans les analyses et conseils financiers. Ingénieur de formation, elle a quitté les laboratoires pour les marchés financiers et vécu l'éclatement des bulles internet et du crédit subprime. Elle a publié "Pourquoi la France va faire faillite" (2012), "Comment l'État va faire main basse sur votre argent" (2013), "Pouvez-vous faire confiance à votre banque ?" (2014), “La fabrique de pauvres” (2015) aux Éditions Ixelles et « La rage de l’impôt » (2019). ![]() Après des années de création monétaire et de dépenses publiques insensées, l’inflation arrive maintenant dans les rayons des supermarchés. Mais rassurez-vous, les autorités ont la solution au problème qu’elles ont fait naître. Surprise, surprise ! L’inflation – auparavant cantonnée aux produits financiers et à l’immobilier – leste maintenant le panier de la ménagère : «
On va vers des hausses qu’on n’a pas connu depuis près de 40 ans », a
prévenu […] Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du
commerce et de la distribution (FCD) […]. Notre prévision actuelle,
c’est entre 7 et 10 %, de manière assez rapide », a assuré le dirigeant
de la FCD, organisation professionnelle qui regroupe la plupart des
enseignes de la grande distribution ».
L’origine de l’inflation est connue. Non, ce n’est pas le covid, ni l’invasion de l’Ukraine par Vlad The Bad. C’est tout simplement la création monétaire débridée qui prévaut depuis maintenant plusieurs décennies. Dans l’eurozone (mais aussi aux États-Unis, au Japon, en Chine, et dans tous les pays développés émetteurs de grandes devises), la création monétaire a dépassé la création de produits et services. Depuis 2008, le PIB – la somme des produits et services échangés dans l’eurozone – stagne alors que la masse monétaire a doublé. Il s’agit donc d’un phénomène durable tant que l’excédent n’aura pas été purgé. Mais rassurez-vous, les mêmes autorités qui ont suscité ce problème sont à la manœuvre. Après les chèques et le bouclier tarifaire sur l’énergie, voici venir la Loi pouvoir d’achat qui sera débattue juste après les élections législatives. Si une simple loi pouvait créer du pouvoir d’achat, pourquoi personne n’y a pensé plus tôt ? La Loi pouvoir d’achat défie les lois économiques Olivia Grégoire, porte-parole du gouvernement, promet : «
C’est un projet de loi très lourd avec le chèque alimentaire, avec le
bouclier tarifaire, continuer à bloquer les prix, avec aussi le
triplement de la prime Macron avec les dispositifs de participation,
d’intéressement, le dividende salarié, c’est un très gros texte. »
Bruno Le Maire, jamais à court d’idées géniales, exhorte tous ceux qui le peuvent à augmenter les salaires car « il faut que le travail paye bien ». ![]() Résumons : l’inflation crée un problème de pouvoir d’achat. Il suffit de bloquer les prix et d’augmenter les salaires pour que le problème soit résolu. Et qui sait mieux que personne ce qui doit être bloqué et qui doit être augmenté ? Le gouvernement, bien sûr ! Un conseiller bien intentionné devrait mettre sous le nez de M. Le Maire une information de l’INSEE concernant l’augmentation des prix à la production. ![]() Évolution de l’indice des prix à la production
Déjà plus de 30 % de hausse sans même que les salaires aient augmenté. Que se passera-t-il si on y ajoute une augmentation de salaire ? Les prix vont-ils baisser ? Les manuels d’économie – même ceux agréés par le Mammouth – indiquent que non. Mais il me vient une idée à moi aussi, misérable vermisseau ne revendiquant pas l’omniscience, pour résorber cet épineux problème de pouvoir d’achat et que le travail utile soit bien payé. Le monopole public détruit le pouvoir d’achat Aujourd’hui, le salaire versé à un employé comprend la rémunération de son travail proprement dit et ses assurances sociales (retraite, chômage, sécurité sociale). Le décompte est à peu près le suivant :
56 € partent dans les caisses du merveilleux système d’assurances sociales que le monde entier nous envie mais que personne ne copie. Ces assurances sociales sont le monopole de l’État qui devrait appliquer à lui-même ses propres préconisations : blocage des primes. Ce serait un bon ballon d’oxygène puisque nous parlons d’une somme représentant 73 % du salaire net. Évidemment, ce blocage devrait s’assortir d’économies pour assurer des prestations de qualité équivalente. Il faut donc « en même temps » aller plus loin « quoi qu’il en coûte ». Imaginez M. Bruno Le Maire déclarant : «
Après avoir bien analysé la question du pouvoir d’achat, nous pensons
qu’il existe un énorme gisement inexploité. Nous allons nous attaquer
aux problèmes de la fraude sociale, de l’absentéisme dans les caisses
d’assurance maladie, de l’efficacité de l’ANPE… Nous allons introduire
une dose de capitalisation dans les retraites afin que chaque salarié
puisse profiter des dividendes. Nous allons ouvrir à la concurrence le
monopole public des assurances sociales. C’est un projet de loi très
lourd, mais il faut que le travail paye bien. »
Mais vous rêvez, vous n’êtes qu’un vermisseau ignare ! Heureusement la Nupes (Nouvelle Union des Prédateurs Économiques Syndiqués) bloquera ces élucubrations ultra-néo-turbo-libérales. Le
salut des masses réside toujours dans le monopole public, pas dans la
liberté et l’initiative des individus. Ces derniers sont trop bornés.
Ils ne sont bons qu’à élire l’élite omnisciente qui les dirige vers un
avenir radieux.
______________
|
||||
Qui
sommes-nous ? Nous écoutons, nous lisons, nous regardons... C'est parfois un peu ardu, et les news peuvent demander de l'attention. Mais elle sont souvent remarquables ! Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion et nourrir celle-ci. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs, et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur. Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation. Bien sûr, vos commentaires sont très attendus. ![]() |