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09.07.2022
- N° 980

Nationalisation d’EDF : l’État est déjà à sa tête

 

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Par Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient "Le Blog de Nathalie MP" avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.



La nationalisation totale d’EDF possède alors l’incomparable avantage pour l’État de supprimer l’évaluation désobligeante des marchés.

Vous connaissez évidemment Bruno Le Maire. Pour le dire vite, c’est notre ministre de l’Économie et des Finances depuis plus de cinq ans – et Dieu sait combien il a toujours brillé (à sa façon) à ce poste. Mais pour le dire dans le détail, il faut savoir que dans le gouvernement Castex formé à l’été 2020, il était ministre de l’Économie, des Finances… et de la Relance ! Et puis dans le tout récent gouvernement Borne, il est devenu ministre de l’Économie, des Finances… et de la Souveraineté industrielle et numérique !

On reconnaît ici l’attachement viscéral d’Emmanuel Macron à la magie des mots. Il suffirait de dire relance et la France se mettrait soudain à croître et embellir ; il suffirait de dire souveraineté et elle évoluerait soudain dans une indépendance économique idyllique. Dans la foulée du discours de politique générale de la Première ministre Élisabeth Borne, ajoutons qu’il suffirait apparemment de dire France Travail en lieu et place de Pôle Emploi et la courbe du chômage en serait immédiatement toute retournée.

Côté relance, l’incantation n’a pas vraiment fonctionné comme béatement prévu. Selon l’évaluation de la Cour des comptes (une de plus, toujours dans le même sens d’un État « super gaspi ») le plan France Relance à 100 milliards d’euros sur 2021 et 2022 s’est surtout révélé être un magma complexe, hétéroclite, brouillon et peu efficace de mesures empaquetées à la hâte sous un joli logo et moult opérations de communication.

Mais oublié, tout cela et tout le reste. Il est donc maintenant question de nationaliser EDF à 100 %. Souveraineté, Mme Mabrouk ! Indépendance énergétique ! martelait Bruno Le Maire ce matin sur Europe 1. Et l’indépendance énergétique, Mme Mabrouk, « ça n’a pas de prix ! » (début de la vidéo ci-dessous) :



La formule n’est pas très heureuse ; à moins que le ministre ne soit l’inconsciente victime d’un lapsus hautement révélateur. Je crains en effet que les contribuables ne s’aperçoivent assez vite que les grands projets de l’État stratège français n’ont pas de prix au sens où ils tendent assez rapidement à se transformer en puits sans fond. Rien n’est jamais trop ni trop beau pour assurer la splendeur de la France, ce pays tellement pas « comme les autres » dont ladite splendeur s’évapore à mesure que les dépenses publiques et la dette publique s’accroissent.

Du reste, concernant EDF, les contribuables présents et futurs ont déjà eu et auront encore l’occasion de constater qu’il leur revient de tenir à bout de bras une entreprise très endettée (42 milliards d’euros à fin 2021 et probablement bien plus que 50 milliards à la fin de cette année), perpétuellement au bord de la faillite et perpétuellement renflouée par l’État (notamment 3 milliards d’euros en 2016 et 2,7 milliards en mars 2022).

Une entreprise privée particulièrement mal gérée que l’État se doit de reprendre pour la sauver de la cupidité courtermiste du marché, notre EDF ?

Que nenni ! Une entreprise tout ce qu’il y a de très publique où l’État reste le grand décisionnaire du haut de sa participation de 84 % au capital. Un État juge et partie, et surtout apprenti sorcier, qui détermine des politiques publiques telles que le bouclier tarifaire sur l’électricité pour alléger la facture des consommateurs tout en mettant par la même occasion l’entreprise dont il est actionnaire, où plutôt dont les contribuables sont les actionnaires, en grande difficulté. Le tout dans un marché européen globalement concurrentiel.

Et puis, qui est responsable des mises à l’arrêt actuelles (qui tombent fort mal dans le contexte de la guerre russe en Ukraine) de 29 réacteurs sur 56 pour problèmes de corrosion ? Qui est responsable de la gestion de projet défaillante de l’EPR de Flamanville, si ce n’est l’État actionnaire tout-puissant ? Qui a décidé de ramener la part du nucléaire dans le mix électrique de 75 à 50 % ? Qui a décidé avant même que la nationalisation à 100 % soit effective que la succession de l’actuel PDG de l’entreprise était dorénavant engagée pour une entrée en fonction de la nouvelle équipe dès la rentrée de septembre ? L’Élysée, Matignon et Bercy, point.

Qu’on ne s’y trompe pas, l’État a toujours été le seul maître à bord d’EDF. Mais la nationalisation à 100% n’est pas sans apporter ses petits bénéfices politiques.

D’abord le terme lui-même. Pas sûr qu’il suffise à amadouer les opposants les plus collectivistes et/ou souverainistes du gouvernement, mais le fait est qu’Emmanuel Macron continue à se placer dans une sorte de filiation avec le Conseil national de la Résistance et avec les politiques publiques très étatiques mises en place au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en l’occurrence les grandes nationalisations financières et industrielles de 1944 et 1945. Notre amie l’URSSAF, les Jours Heureux, le Conseil national de la Refondation, et maintenant la nationalisation d’EDF : on discerne comme une tendance que le profil politique de Mme Borne, socialiste de toujours, tend à confirmer.

Plus essentiel encore peut-être, le fait de passer de 84 % à 100 % va permettre de placer l’électricien intégralement hors marché. Les actionnaires privés n’étaient guère nombreux, mais leur existence donnait lieu à des échanges d’actions très éloquents quant à la valeur réelle de l’entreprise : après une introduction en bourse à 32 euros en 2005 et une période d’euphorie jusqu’en 2007, le titre n’a fait que perdre du terrain jusqu’à tomber à 7 ou 8 euros (8,90 euros aujourd’hui) :



En 2005, le ministre de l’Économie de l’époque Thierry Breton décrivait la privatisation de 16 % du capital de la façon suivante :

"EDF a de très beaux actifs, de grands projets, un très bon management. C’est ce qui fera que, progressivement, le cours de Bourse pourra augmenter".

Force est de constater que l’État actionnaire très majoritaire n’a pas tenu ses promesses. Et qu’il a surtout utilisé l’entreprise dans une forme de pilotage à vue destiné à arranger ses bidons plutôt que ceux des autres actionnaires et des contribuables. Lorsqu’il a imposé à EDF le rachat de l’activité réacteurs d’AREVA, par exemple, ou lorsqu’il se versait de jolis dividendes bien dodus quitte à devoir recapitaliser ensuite.
La nationalisation totale possède alors l’incomparable avantage de supprimer l’évaluation désobligeante des marchés.

La gouvernance ne changera pas, mais elle se fera dorénavant dans l’opacité de l’administration, derrière des portes fermées, hors de tout contrôle hormis celui d’une Cour des comptes jamais entendue. Ça promet.


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