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17.06.2022
- N° 958

Mélenchon ou l’économie pour les ânes

 

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Par Frédéric Mas


Frédéric Mas est journaliste. Après des études de droit et de sciences politiques, il a obtenu un doctorat en philosophie politique (Sorbonne-Universités). Il s'intéresse en particulier à la politique internationale, aux théories économiques contemporaines et à la vie des idées. Il écrit également pour Atlantico.



Comment croire sincèrement à un programme aussi fantaisiste ?

La popularité de Jean-Luc Mélenchon comme de sa monture politique pour les législatives, la NUPES témoignent d’une chose : une partie des Français a perdu tout contact avec la réalité économique du pays, et sont prêts à avaler n’importe quelle promesse sans trop s’interroger sur leur faisabilité ou même leurs effets catastrophiques dans le vrai monde.



Prenons quelques exemples tirés de la campagne très médiatisée du candidat d’extrême gauche

La retraite à 60 ans

Mélenchon promet la retraite à 60 ans après 40 années de cotisation. Coût total de l’opération : environ 72 milliards d’euros selon le candidat, entre 86 et 113 milliards selon l’Institut Montaigne. Pour le leader de la NUPES, c’est possible en créant 1 million d’emplois. Plus encore, la retraite à 60 ans devrait libérer 830 000 postes de travail. Sauf que le compte n’est pas bon, et qu’il ne faut pas sortir de polytechnique pour s’en apercevoir.

Le programme de la NUPES prévoit la création d’un million d’emplois non marchands, ce qui coûtera environ 36 milliards par an : c’est donc par plus de dépenses publiques qu’on va chercher à financer les retraites, tandis que le secteur marchand perdrait 305 000 emplois en parallèle, comme le note l’institut de recherche iFRAP.

Si le départ précoce à la retraite libère des postes, pourquoi ne pas l’abaisser encore plus ? Tout simplement parce que notre système de retraites ne marche pas comme ça. En réduisant la part de population d’actifs au profit de la population inactive, on organise le ralentissement plus important encore de l’économie française.

Comme l’a très bien vu Maxime Sbaihi dans son essai Le grand vieillissement, la gauche d’aujourd’hui, fidèle à l’héritage de Mitterrand, sacrifie la justice intergénérationnelle par électoralisme. Les actifs de moins en moins nombreux vont devoir financer des retraités de plus en plus nombreux et qui vivent de plus en plus longtemps. Non seulement le programme de Mélenchon alourdit la note pour les plus jeunes, mais elle promet la guerre intergénérationnelle pour une nouvelle génération qui n’est pas prête à payer pour un système dont elle ne bénéficiera jamais.

De plus, pour l’Institut Montaigne, l’impact sur le tissu des entreprises sera négatif :

« En pratique, ceci se traduirait par une forte désorganisation des entreprises qui verraient leurs salariés expérimentés partir plus rapidement qu’anticipé pour transmettre de manière efficace leurs connaissances et compétences aux générations plus jeunes. Ceci pourrait conduire à une pénurie de main d’œuvre forte à court terme. »

S’ajoute à cela l’appauvrissement des Français :

« La mesure pourrait être amenée à réduire le revenu disponible des ménages avec la substitution de pensions de retraites moindres aux revenus de l’activité. Cet impact peut être tempéré par des mécanismes d’augmentation des pensions, mais qui pourraient avoir un coût beaucoup plus élevé pour la mesure. »

Comme Macron, Mélenchon refuse de voir que la réforme des retraites passe par la remise en cause d’un système par répartition démographiquement condamné, et que sa seule planche de salut passe par l’introduction de la capitalisation.

Le smic à 1500 euros

Augmenter la smic à 1500 euros : la mesure semble généreuse, enfin généreuse avec votre argent, mais pénalisera au final les travailleurs les moins qualifiés et les petites entreprises qui ne pourront absorber le surcoût d’une telle mesure.

Comme déjà dit, en prenant l’exemple de ce qui s’était passé aux États-Unis après la revalorisation du salaire minimum :

« Les entreprises les plus solides auront éventuellement la possibilité d’investir dans des machines pour faire le travail le moins qualifié (c’est clairement la direction prise par la restauration rapide), tandis que les petites entreprises seront obligées de licencier, voire de fermer, comme la librairie Borderlands de San Francisco dont le propriétaire était pourtant complètement acquis à ce type de politique sociale. »

L’augmentation se répercutera sur les prix. Pour compenser la hausse du coût du travail, les entreprises risquent fort d’augmenter les prix pour lisser le coût global de la mesure.

Le blocage des prix

Le programme de Jean-Luc Mélenchon prévoit de bloquer les prix sur les produits de première nécessité ou encore les tarifs de l’énergie. Comme les prix du marché s’envolent -merci l’inflation poussée par la politique monétaire de la BCE et la guerre en Ukraine- y’a qu’à bloquer les prix comme si de rien n’était, en menaçant de sanction les entreprises qui ne veulent pas réduire leurs marges. Bien entendu, c’est totalement absurde, même d’un point de vue logique.

Bloquer les prix n’incitent pas les entreprises à produire davantage, puisque leurs profits seront lissés par l’intervention étatique. Les produits de première nécessité, vendus en dessous de leur valeur réelle, disparaîtront plus rapidement du marché. Le tout conduira tranquillement à des pénuries dans des domaines économiques essentiels. Qu’on se souvienne des mesures de blocage de prix du gouvernement pendant la période de crise sanitaire : Macron a du vite changer son fusil d’épaule pour que réapparaissent sur les rayons gel hydroalcoolique et masques.

Le multiplicateur fantaisiste

Sur le plateau de C à vous, sur France 5, Adrien Quatennens, le bras droit de Mélenchon, avance une « démonstration » économique qui tient selon lui tient la route, parce que « soumis à la banque de France ». L’idée serait d’injecter 250 milliards d’euros dans l’économie pour stimuler la demande, ce qui devrait, selon les savants calculs des économistes de la NUPES, produire 267 milliards de recette.



L’affirmation magique du militant insoumis a suscité une pluie de commentaires plus que sceptiques, et les réponses des militants de la NUPES, soucieux de donner à ce nouveau coup de pouce à la dette et aux déficits une apparence de scientificité, s’appuient sur le fameux « multiplicateur keynésien » bien connu des spécialistes. Selon Keynes, l’investissement public permet une augmentation de la demande et entraîne par effet d’enchaînement la hausse des revenus.

Notons d’abord que ce mécanisme omet de préciser que l’investissement public, parce qu’il est issu de l’extraction fiscale et non de l’échange librement consenti sur le marché, est un jeu à somme nulle en faveur de l’État et au détriment du contribuable. L’argent prélevé autoritairement et réinvesti dans les secteurs d’activités privilégiés par l’État équivaut donc à une destruction de richesse au moins équivalente, sinon plus à celle transférée à l’État1.

Ensuite, il semblerait quela NUPES n’ait pas bien compris toutes les subtilités de la théorie contemporaine du multiplicateur keynésien, si on en croit son principal défenseur Olivier Blanchard, souvent invoqué par les mélenchonistes eux-mêmes. Il a d’ailleurs tenu à rectifier sur Twitter certains propos qu’on lui prêtait et qui servaient à légitimer le gaspillage d’argent public promis par l’extrême gauche.



Comment peut-on croire sincèrement à un programme aussi fantaisiste ? Davantage de déficits, de dettes publiques, davantage d’impôts d’un côté, moins de richesses créées, moins de travailleurs et davantage d’État bureaucratique de l’autre.

Même avec la meilleure volonté du monde, Macron n’arrivera jamais à dépasser Mélenchon en matière de charlatanisme économique. Mais les Français veulent y croire. Il serait temps qu’ils se réveillent.

1. Hans Hermann Hoppe, The Economics and Ethics of Private Property : Studies in Political Economy and Philosophy, Auburn, Ludwig von Mises Institute, 2006.


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