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18.03.2022 - N° 868 Le système de retraite par répartition est profondément injuste
Par Pierre Allemand Pierre Allemand est un ingénieur chimiste, ancien chercheur, qui a régulièrement parcouru le monde pendant toute sa carrière. Il est maintenant retraité et écrit des articles scientifiques et politiques sur son site www.climatdeterreur.info. ![]() A l’heure où Emmanuel Macron déclare que «
nous ne ferons pas l’économie d’une réforme de notre système de
retraites »,
voici un bref rappel à propos de la capitalisation. Évidemment, en France, ce titre risque d’être considéré comme une provocation. C’est un peu comme si on ouvrait un parapluie à l’intérieur d’un logement, ou si on proférait des injures à l’égard d’un défunt dans la chambre mortuaire. La répartition est injuste Aussi, dois-je m’efforcer de présenter immédiatement, non pas les excuses que certains lecteurs attendent peut-être, mais des arguments sur ce que j’avance. Les voici : Le système de retraite par répartition consiste à payer les retraites des pensionnés en prélevant les sommes versées sur les revenus des salariés actifs. Si la proportion des pensionnés devient plus importante que le nombre des actifs, ces derniers auront une charge de plus en plus grande à assumer, ou encore seront forcés de quitter de plus en plus tard la période travaillée. Cette situation est profondément injuste, car elle n’a pas été choisie ni par ceux qui payent, ni par ceux qui perçoivent. Il y aurait bien une solution à ce problème : diminuer le montant des pensions au prorata du rapport du nombre de retraités. Mais c’est une situation au moins aussi injuste que la précédente, car en plus d’être subie par ceux qui verraient leur pension diminuée, ces personnes n’ont même pas la possibilité de changer de situation comme lorsqu’elles étaient actives. Remarquons au passage que c’est la situation dans laquelle un certain nombre d’entre elles (les cadres) ont été placées par le président Macron puisque leur pension est diminuée d’année en année par le jeu de l’inflation… Dans un système que nous pourrions qualifier de naturel, la personne active met de côté de l’argent en prévision des temps où elle ne sera plus en mesure de travailler. C’est ce qu’on peut nommer le système « fourmi ». Dans le système par répartition, il n’y a pas à se préoccuper de l’avenir. On peut et on est d’ailleurs encouragé à avoir un comportement de « cigale ». Constatons que ce comportement a les faveurs de ceux qui se classent plutôt à gauche. Le comportement « fourmi » est lui, plutôt un comportement de droite. Pourquoi la capitalisation est la solution Le système par capitalisation est calqué sur le système naturel. Chaque salarié met chaque mois de côté une certaine somme qui est gérée par un organisme spécialisé intitulé fonds de pension. Cette somme est comptabilisée sous la forme de points. Au moment de sa retraite, le compte du salarié en contient un certain nombre déterminant le montant de sa retraite. Pour le salarié, l’intérêt de la gestion de ses économies par un fonds de pension est que sa retraite lui est versée jusqu’à sa mort, alors que s’il a mis cet argent de côté, il risque, s’il vit « trop » longtemps, de le voir disparaître avant lui… Techniquement, la capitalisation a un gros avantage sur la répartition : en effet, dans le système par répartition, les fonds sont au moins théoriquement reversés immédiatement. Dans le système par capitalisation, au contraire, ces fonds, qui peuvent être considérables, sont placés et produisent des intérêts pendant toute la durée de travail du salarié, et lui sont reversés à partir du moment où il est à la retraite. Le montant de cette dernière est donc théoriquement plus élevé que dans le cas de la répartition puisque les intérêts s’y ajoutent, et que le temps d’immobilisation est en moyenne élevé. Tout cela, évidemment si les fonds ont été correctement gérés, ce qui est en général le cas dans les pays où le système est appliqué. Évidemment, il existe des exceptions, que les adversaires de la capitalisation montrent toujours du doigt… Une autre différence fondamentale entre les deux systèmes réside dans la période de démarrage. Pour schématiser, mettons-nous à la place des organisateurs, en face de deux populations : une population de salariés et une population de retraités. Le système de retraite par répartition peut être immédiatement mis en place, sans rien y ajouter. En effet, les cotisations prises sur le salaire des salariés sont disponibles et peuvent être immédiatement distribuées aux retraités sans qu’il en coûte rien. En revanche, avec le système par capitalisation, la population des retraités ne percevra théoriquement rien au démarrage. C’est seulement lorsque les seniors de la population active auront atteint l’âge de la retraite qu’ils commenceront à percevoir la faible retraite que leur permettra le petit nombre de points acquis pendant la courte période où ils auront cotisé. La répartition, choix de facilité La situation globale s’améliorera ensuite progressivement, mais il faudra que le dernier actif de la population initiale de salariés soit en âge de prendre sa retraite pour que le système atteigne son régime de croisière. Pour que le système soit acceptable par tous depuis le début, il faut donc que les organisateurs compensent le manque à gagner des premiers retraités. Ne cherchons pas une autre raison pour laquelle les premiers députés de la Quatrième République ont choisi la répartition : il n’y en a pas. Et c’est aussi pour vendre ce système aux intéressés qu’il a été sanctifié au point que encore aujourd’hui le système par répartition est considéré comme sacré. Il est interdit d’y toucher, il fait partie des mythes constructeurs de notre République. Malgré ses difficultés de démarrage, remarquons que la capitalisation possède un énorme avantage : les sommes distribuées aux pensionnés sont toujours proportionnelles au nombre des intéressés (sous réserve, toujours, d’une bonne gestion) puisque c’est l’argent qu’ils ont placés eux-mêmes dans le système qui leur est reversé. Ce n’est pas le cas de la répartition qui est soumise aux aléas de la pyramide des âges. Pour résoudre ce problème de démarrage de la retraite par capitalisation, il faut emprunter au début de celle-ci les sommes nécessaires pour payer les retraités n’ayant pas cotisé, ce qui, bien entendu, obère les capacités d’emprunt des organisateurs ; soit en France, l’État. Revenons à nos députés du début de la Quatrième République. Ils avaient le choix entre :
Remarquons encore qu’en France, ceux qui rejettent actuellement le plus fermement le système de retraite par capitalisation sont précisément ceux qui en bénéficient. En effet, les retraites des anciens fonctionnaires sont payées par l’État au moyen d’emprunts. L’État éternelle cigale n’a en effet pas pu mettre ces sommes de côté. Il emprunte donc sur le marché financier, et ce faisant, il s’engouffre dans le système de la capitalisation. Mais il s’agit d’une capitalisation subie, l’État n’étant pas le préteur, mais l’emprunteur, avec tous les aléas générés par l’évolution des taux d’emprunt. Il y a quelques années, les fonctionnaires grecs retraités en ont fait l’expérience : leurs pensions ont été amputées de 30 ou 40 %. Ce système consistant à payer les pensions via des sommes empruntées revient à faire payer les retraites par les générations futures, puisqu’il faudra bien continuer à payer les intérêts et rembourser le principal. Éternellement d’ailleurs, puisqu’on ne voit absolument pas comment en sortir1. En résumé Dans le système de retraite « naturel » par capitalisation, les retraités reçoivent une retraite correspondant à l’argent qu’ils ont épargné. C’est un système terrible qu’il faut absolument pour la majorité des Français. Dans le système par répartition, les salariés reçoivent leur retraite payée par les cotisations des salariés actifs. En cas de déficit comme aujourd’hui, le complément est payé par les générations futures. C’est un système qu’il faut absolument
conserver pour la majorité des Français, car il est fondé sur ce qu’on
nomme la solidarité, sachant que la partie « solidaire » n’a pas donné
son accord puisqu’elle n’existe pas encore, ce qui est bien pratique…
Monsieur Mélenchon, lui, a trouvé un moyen de s’en sortir : il consiste tout simplement à considérer que ces emprunts ne sont que des écritures et qu’il suffit donc de ne pas les rembourser. Il néglige les conséquences concernant les futures capacités d’emprunt de l’État qui se hasarde à faire défaut.
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