La Mouette Déchainée
                             Réactions, enquêtes, déclarations...

                                 











Toutes les news
c'est ici




Contact


Vos réactions, vos commentaires


Abonner un(e) ami(e)

Vous abonner

Qui sommes nous ?


Derniers commentaires parus :
A lire ici
Vous aussi, faites nous part de vos commentaires, de vos réactions, de vos témoignages... nous pourrons les publier.
cliquez ici

04.12.2021 - N° 778

Profs absents non remplacés :
l’organisation et le mammouth, ça fait deux…


Par Nathalie MP Meyer
   

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient "Le Blog de Nathalie MP" avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.



La mauvaise organisation de l’Éducation nationale contribue fortement
au phénomène des profs absents.

Quel parent n’a jamais eu à subir le « syndrome » du professeur absent non remplacé ? Au fil des rentrées scolaires, notre presse régionale égrène la complainte de familles désespérées par les heures d’enseignement que leurs enfants n’auront pas (par exemple en 2019, ou en 2021). Suivent des pétitions en ligne puis des articles dans les grands médias nationaux lorsque la situation devient franchement intenable.

LE RAPPORT DE LA COUR DES COMPTES ÉPINGLE LES PROFS ABSENTS DE COURTES DURÉES

Comme le souligne la Cour des comptes dans un énième rapport sur le sujet publié hier 2 décembre 2021 sous le titre « la gestion des absences des enseignants » :

« Alors que les familles se contentaient, jusqu’à présent, de manifester leur désapprobation lors des rentrées scolaires ou par l’intermédiaire des fédérations de parents d’élèves, elles n’hésitent plus à engager la responsabilité de l’État devant les tribunaux pour défaut de continuité du service public de l’Éducation. »

Force est de constater cependant que malgré les avertissements répétés du vénérable établissement dédié au contrôle de l’utilisation des deniers publics, la situation n’évolue guère. Ou plutôt, elle se dégrade : en 2018-2019, les heures perdues pour absences d’enseignants dans les collèges et lycées ont représenté près de 10 % des heures d’enseignement dues, soit une augmentation de 24 % par rapport à l’année scolaire précédente.

Si 80 % des professeurs absents sont remplacés dès le premier jour dans les écoles primaires et maternelles où il existe une garantie de l’accueil des élèves et où il est également possible de répartir les élèves dans d’autres classes, la situation du secondaire est nettement plus préoccupante. 96 % des absences de plus de 15 jours y sont remplacées, mais tout se met à déraper avec les absences de courte durée. Ces dernières représentent 2,5 millions d’heures dont seulement 500 000 (20 %) sont effectivement remplacées.

Coût pour le contribuable, tout compris : 4 milliards d’euros par an selon la Cour des comptes, soit 2,5 milliards correspondant à la masse salariale des heures remplacées et 1,5 milliard correspondant à la rémunération des enseignants absents non remplacés qui n’ont donc pas assuré le service pour lequel ils ont été payés.

Tout d’abord, l’emploi du temps calculé sur une période hebdomadaire ainsi que le calendrier des vacances scolaires compliquent considérablement la comparaison des temps de travail des enseignants avec d’autres salariés du public ou du privé.

Ensuite, la mesure de ce temps de travail et le suivi des absences, surtout pour ce qui concerne les absences de courte durée dans le secondaire, sont mal appréhendés par le ministère de l’Éducation nationale. Notamment, il ne contrôle pratiquement pas les arrêts maladie.

Les données partielles dont le ministère dispose permettent de dire que les enseignants ne sont pas plus absents que les autres agents de la fonction publique d’État et seraient même plutôt moins absents que les agents des fonctions publiques territoriales et hospitalières. Ils seraient également moins absents que les salariés du privé sur une journée donnée pour cause de maladie ordinaire.

Mais la Cour précise néanmoins que :

« Pour autant, ces analyses ne prennent pas totalement en compte la spécificité du service des enseignants, caractérisé notamment par un nombre différent de semaines travaillées. » […]« Les données recensées aujourd’hui sont incomplètes, notamment pour les absences de courte durée. »

Bref, rien de bien étayé dans ces comparaisons plutôt flatteuses.

Il serait cependant erroné de conclure à un absentéisme délirant des salles de classe du seul fait des motivations (ou plutôt démotivations) personnelles des enseignants telles que maladie ou obligations familiales diverses.

Faute de disposer d’un outil fiable pour suivre, et encore moins piloter, les absences, l’Éducation nationale s’en remet donc à une enquête interne pour évaluer les heures d’enseignement perdues.

On apprend ainsi que sur les 10 % d’heures perdues dans le second degré en 2018-2019 comme indiqué ci-dessus, un tiers relève d’absences pour des raisons individuelles et les deux autres tiers résultent du fonctionnement même de l’Éducation nationale, de ses rigidités comme de son pilotage à vue. En matière de coût, cet aspect « institutionnel » des absences des enseignants correspondrait à un tiers des 4 milliards évoqués plus haut.

Un enseignant absent devant ses élèves peut néanmoins être au travail parce qu’il sera engagé dans d’autres activités pédagogiques réclamées par l’institution. Citons en particulier la formation continue, la fermeture des établissements pour cause d’examen, la participation à des jurys d’examens ou de concours, les sorties et voyages scolaires ainsi que divers systèmes de « décharge » pour compenser la lourdeur de certains enseignements (zone d’éducation prioritaire, préparation aux grandes écoles).

Sachant que les obligations réglementaires de service des enseignants vont de 540 heures annuelles pour un professeur agrégé du secondaire à 972 heures pour un professeur des écoles, et sachant que d’autres tâches telles que conseils de classe et réunion pédagogiques sont listées mais pas quantifiées dans le secondaire, la Cour des comptes estime que :

« L’écart entre les obligations réglementaires de service et le temps de travail annuel dû par les enseignants en tant que fonctionnaires (1607 heures)(*) laisse des plages temporelles suffisantes pour que les absences dues à l’institution ne s’imputent pas sur les temps d’enseignement. »

Du côté des recommandations visant à limiter le nombre d’heures perdues par les élèves, la Cour des comptes préconise d’abord d’annualiser le temps de travail des enseignants afin de limiter les absences institutionnelles et mieux anticiper les besoins de remplacement. Elle pousse en outre à encourager la bivalence voire la polyvalence des enseignants (capacité à enseigner plusieurs matières). Deux mesures déjà évoquées à de multiples reprises dans le passé, mais que les syndicats d’enseignants n’apprécient guère…

UN PROBLÈME D’ORGANISATION DE L’ÉDUCATION NATIONALE

Ce qui frappe le plus dans cette affaire d’absentéisme qui pèse directement sur le volume d’enseignement reçu par les élèves, et donc assez logiquement sur leur niveau éducatif, c’est qu’on en revient toujours aux carences d’organisation du mammouth.

Au moment où l’on parlait du projet d’Anne Hidalgo de doubler le salaire des enseignants sur la durée du prochain quinquennat si elle accédait à l’Élysée (risque faible), on s’est aperçu en effet et en moyenne que les professeurs de français étaient moins bien payés que leurs homologues de l’Allemagne et des Pays-Bas (graphe ci-dessous à gauche) :

 

Comment est-ce possible alors que la France consacre à l’Éducation (comme à la santé, du reste) une part de sa richesse nationale tout à fait comparable voire supérieure à celle des pays précités (graphe ci-dessus à droite), tout en ne parvenant pas à faire cesser l’effondrement du niveau éducatif des élèves tel que mesurer par une succession accablantes de tests internationaux ?

Comme le disait déjà l’ancien Premier président de la Cour des comptes Didier Migaud en 2013 à l’occasion du rapport « Gérer les enseignants autrement » – et Dieu sait que le site Café pédagogique, aimable relais des revendications des syndicats d’enseignants estampillés à gauche, en était tout retourné :

« L’Éducation nationale ne souffre pas d’un manque de moyens ou d’un nombre trop faible d’enseignants, mais d’une utilisation défaillante des moyens existants. »

La remarque reste donc toujours d’actualité huit ans après, en 2021. Et la question qui émerge est simple : le mammouth tel qu’il est, à la fois hyper-centralisé et brouillon, rigide sur certains points et laxiste sur d’autres, confondant excellence et illusion égalitaire sous l’effet d’une domination syndicale typique de l’esprit réactionnaire de gauche, pourra-t-il un jour s’adapter dans son format actuel ?

Personnellement, je n’en crois rien. Et je prédis à ce nouveau rapport de la Cour des comptes sur les causes structurelles des heures d’enseignement perdues pour les élèves le même sort que tous les précédents rapports du même style : un intérêt poli suivi de l’oubli et du néant.

Tant que le monopole de l’Éducation nationale restera inviolable, tant qu’il n’y aura pas de mise en concurrence de tous les établissements scolaires, rien ne se passera.

Il suffit de voir comment a été accueillie la proposition d’Emmanuel Macron
de tester dans 50 écoles marseillaises la possibilité de donner aux directeurs
d’école la liberté de composer eux-mêmes leur équipe éducative plutôt que
d’être tributaires des allocations administratives de postes venues du ministère.


Faites nous part de vos commentaires, de vos réactions,
de vos témoignages... nous pourrons les publier.

______________









Qui sommes-nous ?

Nous écoutons, nous lisons, nous regardons...

C'est parfois un peu ardu, et les news peuvent demander de l'attention.
Mais elle sont souvent remarquables !


Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion et nourrir celle-ci.
Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici.


Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs,
et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur.

Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation.


Bien sûr, vos commentaires sont très attendus.


   L'équipe de La Mouette déchaînée.