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29.10.2021 - N° 744

La peur du risque : le vrai suicide français


Dernier commentaire paru de Bicephale le
22 octobre 2021
:
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Par Alexandre Massaux
 

Alexandre Massaux est docteur en droit spécialisé en relations internationales.
Ses principaux centres d’intérêts sont  la stratégie politique, les questions de sécurité
et défense ainsi que la politique en Europe centrale et orientale.



Nos sociétés sont désormais pétrifiées par la peur du risque et de l’inconnu.
Au lieu de chercher à relever des défis et prendre des initiatives,
elles paniquent et se bloquent.

La peur du risque est devenue une arme de destruction massive de nos sociétés. Il suffit de s’intéresser aux médias ou d’écouter le personnel politique pour entendre, lire ou voir du catastrophisme. Qu’il s’agisse de la crise sanitaire, de la crise environnementale, des problèmes sociétaux ou de la place de la France ou des pays occidentaux dans le monde, on nous répète à longueur de temps que tout s’effondre.

L’optimisme semble avoir disparu pour laisser place à un pessimisme et un catastrophisme ambiant et permanent. Mais cette situation n’est pas une fatalité, elle est le produit d’une perte de confiance en soi des individus et de nos sociétés. La perte de nos valeurs fondatrices basées sur la rationalité est de fait le vrai danger.

LA PRISE DE RISQUE CONTRE LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Plusieurs éléments ont contribué au rejet de la prise de risque et à la paralysie. L’un des principaux est le principe de précaution. Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas né aux États-Unis, mais en Allemagne. Comme le rappelle le Parlement européen :

« Le principe de précaution est apparu en droit allemand, sous le terme
de Vorsorgeprinzip (qui peut également se traduire par principe de prévoyance),
au cours de l’élaboration de la législation sur la pollution atmosphérique
durant les années 1970. »


Mis en avant lors du Sommet international de Rio de 1992, ce concept a depuis pris une grande importance dans nos sociétés. On considère qu’il entre en œuvre quand deux conditions sont réunies :
  • une incertitude scientifique sur un sujet,
  • des enjeux ou des dommages potentiellement de grande ampleur.
Ce principe de précaution peut donc s’appliquer dans de nombreux cas, la science présentant des incertitudes car elle est par définition en évolution. Ses effets néfastes sont d’ailleurs bien documentés.

Dans L’inquiétant principe de précaution (2010), les sociologues Gérard Bronner (actuellement président de la commission éponyme) et Étienne Géhin pointent ses dérives dès l’introduction :

« Si nous nous sommes intéressés à ce que nous appellerons le précautionnisme, c’est-à-dire la doctrine qui sous-tend la volonté d’appliquer partout le principe de précaution, c’est qu’au cours des quinze dernières années ses manifestations sont devenues si envahissantes dans notre vie quotidienne que nous ne craignons pas de le considérer comme le fait idéologique majeur de ce début de millénaire. Le but de cet essai sera de dévoiler les implications juridiques, économiques et sociologiques du précautionnisme, ses non-dits et même les éléments parfois impensés qui en font un danger redoutable pour nos sociétés. »

Ces arguments de bon sens situent bien plus tôt le problème des excès de ce concept, et ce depuis plus d’une décennie. La crise du covid illustre parfaitement ce « fait idéologique majeur de ce début de millénaire ».  Souvenons-nous de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe qui évoque le risque pénal justifiant le manque d’initiative pour la gestion de crise :

« Si vous voulez que les échelons politiques ou administratifs soient moins réactifs, faites en sorte d’ajouter un risque pénal à chaque décision, a-t-il martelé. Si vous ne réfléchissez pas à cela, vous passez à côté d’un sacré bout du sujet ».

Cette situation n’est pas seulement particulière à la France, mais à l’ensemble des pays occidentaux qui ont laissé ce principe s’emparer de leur vie.

L’incertitude, y compris scientifique, fait partie de la vie. Chercher à la supprimer revient à nier l’initiative et l’innovation. Pire, ce principe pousse à la paranoïa : pour bloquer une innovation ou une initiative, il suffit d’agiter le drapeau rouge des catastrophes générant de la peur au sein de la population, laquelle fera pression pour bloquer toute prise de risque. C’est un cercle vicieux extrêmement malsain qui s’est mis en place.

LE PROGRÈS SCIENTIFIQUE ET LA RATIONALITÉ REMPLACÉS PAR LES IDÉOLOGIES ET LA PEUR DU RISQUE

Ces dernières années, la science occupe de plus en plus les discours publics. On nous dit « d’écouter la science ». Mais doit-elle être médiatisée ? Les médias recherchent de plus en plus le sensationnalisme, incompatible avec la recherche de la vérité et de la rationalité de la science.

Cette situation est liée à la surproduction scientifique. La carrière d’un chercheur dépend de plus en plus du nombre de ses publications et la qualité de ces dernières est en baisse. Pire, le sensationnalisme pénètre aussi le milieu scientifique afin de gagner en visibilité. Cette situation offre une opportunité aux pires idéologues.

Les affaires Sokal et Sokal au carré illustrent ces dysfonctionnements : des articles au contenu très idéologique, voire même des canulars, parviennent à être publiés ou approuvés par des autorités scientifiques. Ce genre de recherche est ainsi publiable au même titre que de vraies innovations.

La rationalité et la tradition scientifique humaniste de la Renaissance puis des Lumières sont menacées. La recherche doit aider l’humanité dans sa quête du progrès et de l’innovation, elle ne doit pas être le terrain de jeu de démagogues. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que nos gouvernants fondent de plus en plus leurs décisions sur la production scientifique.

ROME ET CONSTANTINOPLE ONT CHUTÉ PAR LEURS FAIBLESSES INTERNES

Cela doit nous alerter.

Historiquement, les grands empires ont plus souvent décliné du fait de leur faiblesse interne, et non à la suite d’invasions. Lorsque les empires romains ont chuté (à l’ouest Rome en 395 et à l’est Constantinople en 1453), leurs sociétés étaient en décomposition. L’image des débats sur le sexe des anges à Constantinople en reste un bel exemple. Et c’est le même phénomène pour l’Empire ottoman.

La situation actuelle est différente sur certains aspects. Il faut garder en tête que chercher une cause extérieure et étrangère à nos problèmes ne résoudra rien. Le rejet de l’humanisme et des valeurs des Lumières, de notre capacité à innover qui ont permis la Révolution industrielle et la prospérité est la vraie cause de nos problèmes actuels.

Plutôt que de privilégier le principe de précaution,
il vaudrait mieux chérir la liberté,
cette valeur qui existait déjà dans l’Antiquité et la Grèce antique.

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