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18.10.2021 - N° 733
L’aberration des sondages : une maladie politique
Par Claude Robert Claude Robert est consultant international en organisation, et auteur du site satirique « Eradiquons le politiquement correct français » ![]() Publier des sondages des mois avant les
élections est une aberration.
Voici pourquoi. Contrairement aux
idées reçues, les sondages électoraux n’ont aucune valeur prédictive.
Pire encore, lorsqu’ils sont réalisés plusieurs mois avant l’échéance,
ils ne sont d’aucune utilité. Ce qui n’empêche pas la classe
politico-médiatique de s’y référer à tort et à travers. Au point d’en
oublier l’essentiel.
LES SONDAGES NE SONT JAMAIS FAUX MAIS ILS NE MESURENT PAS CE QUE L’ON CROIT À moins d’une question biaisée(1) ou d’un calcul d’échantillonnage statistiquement erroné(2), un sondage n’est jamais faux. Encore faut-il se rappeler exactement ce qu’il mesure : l’état de l’opinion publique le jour où il est administré. Cette définition, aussi basique soit-elle, nécessite toutefois une longue explication. Pourquoi en effet les résultats des élections ne sont jamais conformes aux sondages réalisés des mois voire des années plus tôt ? Publier des sondages plusieurs mois avant l’échéance est une aberration pour plusieurs raisons : LES CANDIDATS ET LEURS PROGRAMMES NE SONT PAS CONNUS Depuis le début de l’année, les sondages indiquaient un second tour de l’élection de 2022 avec Macron et Le Pen. Or une telle assertion est ridicule, car on ne sait même pas si l’un ou l’autre de ces candidats se présentera réellement. Plus récemment, un sondage a montré que subitement 61 % des Français voulaient éliminer Macron dès le premier tour. Ce sondage n’est pas plus crédible que les précédents. Simplement, il indique quelque chose de nouveau dans l’évolution de l’opinion publique. Mais comme chaque fois, les médias l’ont considéré comme argent comptant, et l’ont publié tel quel. De même que l’éventuelle candidature de Zemmour à la présidentielle est un élément capable de rendre caduque la totalité des sondages publiés jusqu’à ce jour. Tout comme bien évidemment l’émergence d’autres candidats officiels de droite comme de gauche. Ainsi, seuls les sondages comparatifs basés sur des listes de candidats effectivement présents devraient être publiés, reposant chaque fois sur des hypothèses d’affrontements, hypothèses qui devraient être d’ailleurs clairement mentionnées comme autant de sources d’erreurs. Et sous l’expresse réserve que les programmes de ces candidats bénéficient tous d’une notoriété à peu près comparable. Cela n’ajouterait bien évidemment pas la moindre fiabilité à ces sondages si loin de l’échéance, puisque seules les évolutions devraient être publiées, indépendamment des scores globaux qui eux, sont totalement insignifiants. Mais cela aurait au moins le mérite de faire comprendre aux électeurs que rien n’est encore joué. Hélas, ces sondages plus complexes à assimiler font beaucoup moins le buzz(3). L’OPINION PUBLIQUE EST VOLATILE Il y a une vingtaine d’années, pendant ses vacances en Corse, un ex-ministre de Sarkozy avait été hospitalisé suite à un accident de scooter. Cet évènement tout à fait fortuit et totalement indépendant de ses compétences lui avait pourtant fait gagner plusieurs points dans les sondages. Que s’était-il passé ? Le phénomène est bien connu : un évènement qui attire la sympathie ou la compassion influence la perception que l’opinion publique se fait d’un candidat. Celle-ci n’est donc pas systématiquement rationnelle. Elle se révèle parfois affective, voire purement instinctive, rendant difficile la moindre prévision de son évolution, a fortiori par rapport à des évènements qui ne se sont pas encore produits et dont on ne peut deviner ni la nature ni les répercussions émotionnelles éventuelles. Souvenons-nous, pour les présidentielles de 2017, François Fillon le gagnant de la primaire de la droite et du centre n’a été considéré par les sondages que deux semaines avant la date de ladite primaire, parce que son programme commençait enfin à trouver un écho parmi l’électorat. Or ces sondages avaient longtemps fait croire mordicus à un autre gagnant, Juppé, tellement indétrônable qu’il y croyait lui-même et se préparait déjà pour le second tour de la présidentielle. Idem pour Macron qui n’est apparu que très tardivement parmi les finalistes potentiels, alors qu’il était inconnu quelques mois plus tôt. Et d’ailleurs, aurait-il été élu s’il n’y avait pas eu l’enquête du PNF dont le démarrage tonitruant quelques heures après l’article du Canard enchaîné aura coûté à son rival jusqu’à 15 points dans les sondages ? Une dégringolade à la hauteur du subit retournement de l’opinion publique. L’OPINION PUBLIQUE N’EST PAS EN SITUATION DE VOTE Pendant des années, Kouchner était le chouchou des sondages qui mesuraient la « personnalité préférée des Français ». Aimer quelqu’un en dehors de tout contexte et de toute contrainte électorale n’engage bien évidemment à rien. De fait, les Français plébiscitaient le cofondateur de Médecins sans frontières, qui malgré cela n’a jamais réussi à être élu sur le moindre mandat. Il n’y a pourtant aucun paradoxe entre ces sondages et les échecs à répétition du candidat. La faute en revient encore aux médias d’avoir publié des mesures de l’opinion publique qui mélangent des hommes politiques en exercice (qui ont donc des comptes à rendre), d’autres qui ne le sont pas (et vis-à-vis desquels il n’y a plus aucune exigence), des artistes du show-business (qui ne sont que charme et volupté), etc. Ces sondages ne sont pas faux en tant que tels, mais sont chaque fois surinterprétés par des journalistes qui les utilisent au-delà de leurs limites, dans des contextes pour lesquels ils ne sont absolument pas transposables. Pire encore, depuis quelques jours, les sondages nous apprennent que Zemmour se qualifierait pour le second tour alors que lui-même ne sait pas encore s’il va se présenter. Et au cas où il le ferait, personne ne peut prévoir quels coups (tordus ou pas) l’establishment va lui réserver. Ni quelle sera la réaction de ses opposants du RN, de LR, du PS et de l’extrême gauche, opposants dont on ne connaît d’ailleurs même pas encore tous les noms ni les programmes. Autant d’éléments que les électeurs ne peuvent ni anticiper ni assimiler. A fortiori lorsque que l’on sait que ces derniers ne se mettent en condition psychologique de voter et à réfléchir aux véritables enjeux, qu’à l’approche de l’élection. Il est donc tout à fait logique que les sondages ne soient fiables que quelques jours avant l’échéance. Mais pourquoi en sommes-nous abreuvés si longtemps avant chaque élection ? LA MANIE SONDAGIÈRE, OU COMMENT DÉTOURNER L’ATTENTION DE L’ESSENTIEL Diffuser des sondages à longueur de temps constitue l’un des symptômes de la régression intellectuelle de la profession journalistique. Au lieu d’analyser les programmes des candidats en lice, au lieu de dresser la liste critique de leurs succès comme de leurs échecs, au lieu de faire correspondre leurs programmes avec les impératifs du contexte actuel et de hiérarchiser les urgences pour le pays, au lieu d’éveiller les soupçons des électeurs vis-à-vis des propositions les plus loufoques ou les plus démagogiques. Pendant les élections présidentielles de 2017, il était effarant de constater à quel point le « temps d’attention des cerveaux » a été capté sur des sujets surréalistes comme le revenu universel ou comment prendre l’argent aux riches alors que la France les fait déjà fuir avec ses taux de prélèvements records ! Actuellement, Bertrand et Hidalgo rivalisent de cadeaux de Noël pré-électoraux sans soulever de véritables critiques au sein des médias. Il est tellement plus facile de publier des sondages et de profiter du buzz qu’ils génèrent. Ces études d’opinion devraient au contraire faire l’objet de publications parcimonieuses, plus fréquentes seulement à l’approche de la date de l’échéance, et surtout de façon beaucoup plus filtrée. Il est en effet intellectuellement malhonnête de faire croire à une bonne partie de la population que les jeux sont faits un an avant une élection, ou que l’on connaît déjà les finalistes du second tour neuf mois plus tôt. Dans une démocratie qui fonctionne normalement, les médias sont indépendants et visent à éclairer la population, à lui rendre compréhensibles les grands enjeux de la cité, et non pas à la déprimer à coups d’assertions totalement hypothétiques qui l’incitera ensuite à mettre en doute la fiabilité voire l’honnêteté des instituts de sondages. Hélas, en France, les élections se parent d’un brouhaha informationnel qui tient davantage du folklore que de l’éducation de l’électeur. La pauvreté des analyses n’a d’égal que l’indigestion de sondages aussi précoces qu’insignifiants. Même les hommes politiques se prennent au jeu, ce qui montre combien la maturité démocratique de notre pays laisse à désirer. Les élections, a fortiori présidentielles, ne sont pas des courses de chevaux, mais la possibilité pour un pays en crise comme le nôtre de décider d’un meilleur avenir. Et pour cela, non seulement les sondages ne
sont d’aucune espèce d’utilité,
mais ils détournent de l’essentiel. 1 - Tout questionnaire quantitatif doit être testé par des psychologues auprès d’un nombre suffisant de répondants afin d’éviter les risques de mauvaise compréhension, de corriger toute question qui influence la réponse voire même de question qui contient en elle-même une réponse plus valorisante que les autres pour le répondant, réponse que celui-ci se fera un plaisir de s’approprier 2 - La science statistique permet de calculer de façon rigoureuse le découpage d’une population en quotas pertinents ce qui permet de réduite la taille des échantillonnages, ceux-ci étant basés sur la loi Normale Laplace-Gauss 3 - La complexité fait partie de la vie, encore plus de la vie économique et politique. Simplifier sans cesse les informations pour plaire au plus grand nombre revient à bêtifier les électeurs en les tenant éloignés de la réalité. Si les sondages étaient présentés de façon sérieuse, ils génèreraient beaucoup de doutes et seraient loin de déclencher le buzz qu’ils déclenchent actuellement sur les réseaux sociaux.
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