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03.08.2021 - N° 657

 Covid : comment créer la panique sanitaire par les chiffres
 
Commentaire de Diland33 le 03 août : A lire ici
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Par Xavier Méra

Xavier Méra est maître de conférences en sciences économiques à l'Université catholique de l'Ouest.




OPINION : il y a lieu de se demander pourquoi les biais en faveur des nouveaux vaccins seraient adéquats quand les biais contre ces vaccins sont à écarter.

Dans le sillage du gouvernement, les rédactions des médias institutionnels suggèrent régulièrement que les opposants au passe sanitaire ne peuvent être que des crétins  antivax abreuvés de fake news produites par des médias concurrents, bien que nombre de leurs revendications n’aient manifestement rien à voir avec le rapport risques/bénéfices des vaccins anti-Covid et encore moins des vaccins en général.

Ce seul fait dénote un grave problème de crédibilité : on n’a pas à prendre particulièrement au sérieux des gens qui, par exemple, vous brandissent la carte de la science médicale en réponse à une inquiétude vis-à-vis d’un système de laissez-passer pour les activités quotidiennes, associé à des moyens techniques pour l’État de les tracer. Mais même lorsqu’ils n’abordent que ce qu’ils présentent être l’enjeu principal du passeport sanitaire, la vaccination, c’est à grand renfort de statistiques pas toujours significatives et d’interprétations douteuses dont la désinvolture n’est pas sans rappeler celle qu’ils reprochent aux autres.

Dans Le Monde comme ailleurs, on met par exemple en avant qu’entre le 31 mai et le 11 juillet, les non-vaccinés représentaient 85 % des admissions dans les hôpitaux tandis que les gens complètement vaccinés représentaient 7 % de ces mêmes admissions. Mais cela ne veut pas dire grand-chose sur l’efficacité des vaccins qu’il s’agit là de prouver. Pour ce faire, il faut à tout le moins relier ces chiffres aux proportions de personnes vaccinées et non vaccinées dans la population, sans quoi on peut raconter n’importe quoi.

En effet, supposons d’abord, pour les besoins de la discussion, qu’on ait affaire à une épidémie bien avancée au moment où des vaccins sans aucun effet commenceraient à peine à être inoculés dans une population très réticente. Malgré cette inefficacité complète, il y aurait mécaniquement près de 100 % de personnes non vaccinées admises dans les hôpitaux, compte tenu de la sous-représentation extrême des vaccinées dans la population. On pourrait en inférer, en toute décontraction, que les non vaccinés sont décidément de bien mauvais citoyens ennemis de la science, à suivre la méthode utilisée.

À l’inverse, supposons que le monde entier ait tout d’un coup été vacciné avec des produits d’une efficacité jamais vue. Seuls quelques malchanceux seraient encore admis dans les hôpitaux. Des observateurs taquins pourraient néanmoins arguer qu’il y aurait 100 % de gens vaccinés parmi les admissions dans les hôpitaux et qu’il serait ainsi « prouvé » que les vaccins ne présentent pratiquement aucun bénéfice, quoi que les provax en disent, ce qui est bien entendu absurde.

Qu’observe-t-on donc si on tient compte de la couverture vaccinale sur la période considérée ? À leur décharge, les rédacteurs des articles ci-dessus évoqués nous livrent ces informations décisives, mais seulement en dernier, avec une mise en perspective minimale, comme s’il s’agissait de compléments d’information d’importance secondaire en comparaison du spectaculaire mais peu significatif 85 % qu’ils ont néanmoins choisi de mettre en exergue :

"Les patients complètement vaccinés constituaient, eux, 7 % des admissions, soit une proportion cinq fois plus faible que la couverture vaccinale de la population à l’époque. Au moment de l’étude, environ 35 % de la population avaient un schéma vaccinal complet, et 45 % n’avaient reçu aucune dose de vaccin."

Donc les 85 % de personnes non vaccinées parmi les hospitalisées sont à comparer à ces 45 % (de la même manière que les 7 % de patients complètement vaccinés admis sont comparés aux 35 % ci-dessus). Car si les vaccins n’avaient aucun effet, on devrait s’attendre quand même à voir pas moins de 45 % de personnes non-vaccinées parmi les admis (pas plus de 35 % de personnes complètement vaccinées et 55 % de personnes partiellement ou complètement vaccinées). Les 85% ne condensent pas une information sur l’efficacité des vaccins car ils reflètent aussi le fait que les non vaccinés représentent une part importante de la population totale.

Avec une couverture vaccinale plus élevée, ce pourcentage aurait été plus faible, à efficacité des vaccins inchangée. Pourtant, à en croire l’interprétation que nous sommes invités à faire de l’indicateur aujourd’hui utilisé, nous devrions en déduire qu’ils seraient moins efficaces !

Ainsi, et pour compléter, la proportion de non vaccinés parmi les hospitalisés était de 1,88 fois la proportion de non vaccinés dans la population. Dit autrement, la proportion de personnes ayant reçu au moins une injection parmi les hospitalisés (15 %) était 3,66 fois plus faible que la proportion de ceux ayant reçu au moins une première injection dans la population (55 %).

À supposer que l’étude source présentée dans ces articles ait été bien menée, on peut peut-être en conclure avec ses rédacteurs que la « protection apportée par la vaccination est forte », même si le terme est vague (« forte » relativement à quel standard ? Qu’en est-il des vaccins contre d’autres maladies ?).

Mais ces résultats sont nettement moins spectaculaires que ce que les titres d’articles partout publiés suggèrent. Il est vrai que dans l’étude, les 85 % sont aussi mis en avant en premier, mais ses auteurs précisent bien, en surlignant, que « Pour interpréter les résultats, il importe de comparer la répartition selon le statut vaccinal des patients Covid-19 hospitalisés sur la période d’étude, à la répartition de l’ensemble de la population selon ce même statut vaccinal. »

Il est à craindre que la désinvolture n’explique pas seule la mise en exergue de statistiques peu significatives, non seulement parce que les rédacteurs des articles ont eu cette phrase sous les yeux, mais aussi car Le Monde, comme d’autres, a précédemment publié un article nous mettant en garde contre une illusion statistique tout à fait similaire à celle décrite ci-dessus : « Les vaccinés représentent 40 % des nouveaux cas en Israël (et c’est une bonne nouvelle) ».

Ici le problème, nous disaient les « décodeurs », était que la population de personnes vaccinées était largement surreprésentée dans la population totale, ceci augmentant mécaniquement le pourcentage des vaccinés parmi les nouveaux cas de Covid sans réellement remettre en cause l’efficacité vaccinale. On aurait alors pu espérer que Le Monde applique le même filtre aux « 85% », mais ça aurait été en vain.

Il y a lieu de se demander pourquoi les biais en faveur des nouveaux vaccins seraient adéquats quand les biais contre ces vaccins sont à écarter. De la même manière et plus généralement, il est parfaitement raisonnable de se méfier d’un personnel politique et médiatique maniant souvent -et sans les précautions requises– des statistiques telles que le « taux d’incidence », censé révéler la progression de l’épidémie quand il peut tout aussi bien refléter une augmentation du nombre de tests ou un changement dans le profil des personnes testées.

Et il est tout à fait raisonnable de demander des comptes à des gens allergiques aux statistiques moins anxiogènes mais certainement pas moins pertinentes, multipliant à la place de bien peu scientifiques appels à l’émotion, allant parfois jusqu’à inviter des « repentis » ex-non-vaccinés pour faire leur autocritique. Dans cette affaire, ils ne portent pas les lumières de la science.

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