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02.07.2021 - N° 625
La liberté de prendre des risques
Par Gabriel Lacoste Gabriel Lacoste est un maître en philosophie également formé en administration et en intervention psychosociale. Son expérience de travail dans la gestion de services d'entraide lui a également permis de développer un savoir-faire en matière d'utilisation de l'ironie socratique comme moyen de confronter les comportements toxiques, chez les individus et dans les organisations. ![]() OPINION
: un échange tendu avec un médecin actif sur Twitter m’a plongé dans
une profonde réflexion sur la liberté de refuser des soins ou de
prendre des risques pour sa santé. Alors que quasiment plus personne ne meurt du Covid-19 autour de moi (trois Québécois, hier, le 30 juin) et que peu sont hospitalisés (117), la tension ne diminue pas. Notre équipe de hockey, le Canadien de Montréal, est en finale de la coupe Stanley. Des débats sont en cours pour déterminer les modalités d’accueil du public moyennant une preuve de vaccination. Les nouvelles sur le variant Delta dans le monde se multiplient. Bref, les ingrédients sont là pour une autre bataille idéologique entre les partisans et les opposants de l’obligation vaccinale, avec comme thème principal la liberté de prendre des risques pour sa santé. UNE ANECDOTE SUR TWITTER Je suis entré dernièrement dans la mêlée sur Twitter à partir d’un nouveau compte. Il faut savoir que je suis un amateur qui s’intéresse à ces questions sur son temps libre. Je suis tombé sur un gars, Alain Vadeboncoeur, que Wikipédia définit comme urgentiste et vulgarisateur scientifique. Il y est allé d’un tweet se moquant de la contradiction des opposants à l’obligation vaccinale qui demandent la protection surtout des personnes fragiles, puis qui exigent la liberté d’être vaccinés ou pas, sachant que les non-vaccinés sont les plus vulnérables. Ma réponse ? «
Non, si tu appliques un principe de charité en matière d’interprétation
d’un point de vue différent du tien, tu en concluras que le but est de
protéger les plus vulnérables qui sont exposés de façon involontaire
aux risques, mais non ceux qui s’y exposent volontairement. »
Immédiatement, il m’a répondu en me traitant de troll, en se moquant de ma bio, en disant à son public qu’il allait me bloquer, que les individus comme moi ne méritent même pas une réponse. Et parmi d’autres, il avance deux arguments :
JUSTE UNE ANECDOTE ? Pourquoi en introduction une anecdote extraite de Twitter m’opposant à un professionnel de la santé ? Parce qu’à partir d’un cas elle illustre comment une telle personne peut discuter de cette question en insultant et en censurant ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. Bref, ce médecin a l’air d’un adolescent dans une cour d’école. J’en suis inquiet car cette personne est actuellement détentrice du pouvoir de restreindre nos libertés individuelles avec ses opinions, car il est « l’expert »… AU-DELÀ, UN CHOIX DE SOCIÉTÉ : PRENDRE DES RISQUES Du particulier à l’universel, il y a des liens. « Quand le sage regarde la lune, l’imbécile regarde le doigt. »
Au-delà des querelles d’opinions sur les réseaux sociaux, une nouvelle idéologie se dessine à l’horizon et me fait peur. Si vous êtes raisonnable, ne vous attardez pas à mon anecdote, mais à cette menace. Actuellement, la forme du débat public autour des questions de santé est la suivante :
En bref, ce n’est plus un juge, ni le peuple, qui tranche la frontière des libertés, mais un médecin actif sur Twitter. Voulons-nous vivre dans ce genre de société ? LES LIBERTÉS ACTUELLES SONT-ELLES MENACÉES ? Nous jouissons actuellement de plusieurs libertés en matière de santé. Nous pouvons fumer régulièrement, manger de grande quantité de gras saturés, passer la plupart de notre temps sans aucune activité physique, abuser du sucre et de l’alcool, nous exposer à des stress constants. Nous n’avons pas besoin d’une prescription pour acheter un pack de 24 bières ou des tablettes de chocolat. Depuis douze années je travaille quotidiennement dans un centre d’hébergement accueillant de nombreux hommes à la santé précaire. Certains parmi eux ont refusé l’intervention des secours et en sont morts. Les lois n’autorisent pas le professionnel de la santé à conduire les gens à l’hôpital malgré eux. Nous n’en sommes pas encore là… Sur ces questions, personne n’applique le raisonnement d’Alain Vadeboncoeur. L’idée que la société paiera pour les mauvais choix de certains est acceptée. La réponse au Covid-19 est en contradiction avec ce compromis libéral entre une médecine socialisée et le droit de faire ce que nous voulons de notre corps et de notre vie. La crise sanitaire actuelle a vu naître un changement de paradigme. Les gens commencent à douter de ce compromis. Est-ce qu’Alain Vadeboncoeur et sa bande s’arrêteront là ou iront-ils plus loin ? À quel moment, « nous, le Peuple », comme le l’énonce si bien la Constitution américaine, leur donnera une limite ? Voilà ce qui me préoccupe fondamentalement, au-delà des querelles sur Twitter. RÉSOUDRE LA CONTRADICTION Alain Vadeboncoeur est un homme intelligent. L’argument « les choix individuels de chacun coûtent à tous » est solide. Il révèle une contradiction au centre de notre conception de la santé :
Comme j’accorde davantage de valeur que lui à la liberté individuelle, si j’étais vraiment obligé de choisir entre l’option un et l’option deux, c’est cette dernière que je remettrais en question. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Si je choisis de ne pas être vacciné, des assureurs libres d’entrer en compétition pour m’avoir comme client augmenteront mes cotisations pour financer le surcoût éventuel que je risque d’imposer aux hôpitaux. Des actuaires et non des médecins feront le calcul. Si je décide de payer plus cher mon assurance pour ne pas être vacciné, car j’ai peur du vaccin, voilà qui serait un choix parfaitement individuel, comme celui de gaspiller l’électricité ou pas. Mais la réalité est que le public veut le beurre et l’argent du beurre : je suis libre, tu paies. Donc, oui, dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner des contradictions. Nous sommes libres, mais payons pour les choix des autres. Dans la mesure où j’adhère à la philosophie libertarienne, tout est logique à mes yeux. La
crise sanitaire actuelle prouve une chose : la socialisation de la
santé menace nos libertés et donne beaucoup de pouvoirs aux Alain
Vadeboncoeur de ce monde. Et le pire, c’est que c’est lui et ses amis
qui demandent au gouvernement de nous forcer à les payer cher et à
limiter leur compétition.
C’est vous dire !
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