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02.06.2021 - N° 595
Le Bac n’est plus un cap. Ces pilotes qui ignorent qu’ils sont dans le cockpit
Par Nelly Guet Nelly Guet, expert international en éducation, a dirigé des établissements scolaires pendant 22 ans, en France et à l'étranger. Auteur du livre "Virage européen ou mirage républicain? Quel avenir voulons-nous?", publié en 2014. ![]() OPINION : tous les indicateurs confirment que le modèle éducatif à la française est obsolète et conduit le pays dans le mur. Il s’agit de revoir le pilotage, mais aussi les contenus La tromperie a assez duré. Les élèves doivent savoir à quoi correspond la valeur d’un diplôme, notamment celui qui est censé sanctionner la fin de leurs études secondaires. ÉDUCATION – ÉCONOMIE : UN TANDEM MÉCONNU EN FRANCE Il est un pays, la France, où le ministre de l’Éducation ne parle jamais dans ses discours à l’intention des professionnels de l’éducation de son pays et même aussi, le cas échéant, de pays étrangers invités, de la situation économique du pays. Il est apparemment de bon ton dans notre pays de ne jamais juxtaposer compétitivité économique et compétences acquises grâce au système éducatif français. Il va également de soi d’évoquer très vaguement « les chevilles ouvrières » et d’en rester là. Mon expérience de chef d’établissement scolaire, membre d’associations européennes puis internationales, m’a donné l’occasion d’écouter, en Europe, aux États-Unis, en Australie, en Chine… les discours de bienvenue d’un bon nombre de responsables de gouvernements, de ministres de l’Éducation, voire d’un président de la République (Islande). Face à un public de responsables éducatifs, les représentants de l’autorité publique (parfois comme à Shanghai en 2014, un ancien chef d’établissement) rappellent tous le rôle prépondérant imparti à chaque chef d’établissement dans la réussite non seulement scolaire mais également sociale et économique, des ressortissants de son pays et insistent sur la reconnaissance qui leur est due. On pourrait croire qu’il en est de même partout ailleurs. Ce n’est pas le cas. Lors de notre CA réuni en 2007 à Washington, nous avons été invités à la Maison-Blanche ; au Royaume-Uni, en 2008, nous avons travaillé pendant cinq jours à l’intérieur du château de Windsor. Lorsque ce même conseil s’est réuni en France, aucun représentant officiel du gouvernement n’était présent ; seuls quelques responsables de l’école d’encadrement de Poitiers ont fait quelques discours -en français-, seule une adjointe au maire de Bordeaux – sans doute parce qu’elle était bilingue – a pu faire un discours de bienvenue. Le rectorat avait jugé suffisant d’offrir un kir et des cacahuètes à des personnalités venues du monde entier, dans un bureau annexe situé en banlieue de la ville. Il est vrai que les syndicats de chefs d’établissement se contentent du rôle d’administrateur-gestionnaire qui leur impose des journées interminables emplies de diverses tâches dues en partie au contrôle de la hiérarchie. Ni le budget alloué, ni la répartition des heures et des ressources humaines ne sont véritablement de leur ressort, car l’ensemble des moyens mis à disposition est déjà fléché. Selon l’OCDE, en France, plus de 80 % de ces décisions sont prises au niveau national ou académique/régional, alors que la moyenne des pays de l’OCDE est de 35 % ; seulement 10 % de ces décisions incombent aux chefs d’établissement. Craignent-ils d’alourdir leurs tâches déjà épuisantes, en termes d’heures passées ou redoutent-ils les prises de décision et de risques qui feraient d’eux de vrais leaders ? BAC : QUI DOIT RÉPONDRE DE LA VALEUR DU DIPLÔME ? L’absence de pilotage local, l’absence de connexion entre les résultats obtenus au baccalauréat et la situation critique de l’économie française indiquent très précisément où le bât blesse. Un diplôme obtenu à 95,7 % (2020), un taux de redoublement inacceptable au cours du premier cycle d’études universitaires, un taux de chômage important lié à une absence de débouchés pour certains diplômes devenus peu pertinents, et par ailleurs des besoins des entreprises non couverts, des résultats en baisse dans les comparaisons internationales, d’importants décrochages en cours de scolarité, de la violence au sein de l’école : tous les indicateurs confirment que le modèle éducatif à la française est obsolète et conduit le pays dans le mur. Les piliers qui soutiennent l’édifice, pour n’en nommer que deux : l’inspection générale et le syndicalisme enseignant, se sont opposés jusqu’à maintenant à toutes les tentatives de modernisation. À qui peut-on faire croire que le dédoublement de classes à un niveau donné de l’école primaire pourra remédier à l’injustice sociale qui caractérise l’ensemble du système ? Il en va de même avec toutes les formes de soutien et de remédiation mises en place depuis des décennies. Il s’agit de revoir le pilotage mais aussi les contenus : de nouveaux savoirs, de nouvelles compétences deviennent indispensables, liés en partie à la révolution digitale que nous vivons mais aussi au fait qu’il est devenu nécessaire d’apprendre tout au long de la vie. Cette rupture symbolique au seuil de l’enseignement supérieur n’a plus lieu d’être. C’est à l’école primaire, au plus tard au collège, que l’on doit permettre à chacun de se mettre sur les rails et de développer sa propre perspective de réussite scolaire et sociale. Le professeur devient un médiateur, un coach, un manager qui travaille nécessairement en équipe et avec des partenaires extérieurs ; il a lui aussi une obligation de formation professionnelle continue (très insuffisante actuellement en France d’après les comparaisons internationales). Des opportunités s’offrent à lui s’il veut évoluer dans une autre voie professionnelle. Les parents deviennent des « partenaires internes » de l’école, ce qui signifie qu’ils sont associés aux choix faits par l’établissement, que les relations qu’ils entretiennent avec les personnels enseignants sont déterminantes dans le développement des compétences que leurs enfants doivent impérativement acquérir pendant leur scolarité. L’établissement fonctionne sur le modèle de ce qu’il est convenu d’appeler ailleurs « le leadership partagé » qui implique une concertation permanente entre la direction, les enseignants, les parents, les élèves. La notion de « curriculum » doit se substituer à celle de programmes. Le faux débat actuel sur les systèmes de notation disparate selon les établissements scolaires n’aura plus lieu d’être. Il est absurde de vouloir rénover le bac et le dernier cycle des apprentissages qui le précèdent sans avoir au préalable remis à plat la politique éducative du pays dans sa forme et ses contenus. Ministre de l’Économie et ministre de l’Éducation doivent parler d’une même voix lorsqu’ils se succèdent par exemple comme en août 2017, à la tribune de l’Université d’été du Medef. Étaient présents à leurs côtés les représentants de Siemens, d’Allianz, de Total… Il eût été aisé de voir comment impliquer l’entreprise dans l’enseignement général, à l’instar de nos voisins européens et autres, sans se contenter du rôle purement informatif qui lui est accordé actuellement. Cette énième opportunité fut également manquée comme bien d’autres dans les décennies précédentes. Il est pourtant urgent d’imposer à l’école française la pluridisciplinarité, notamment dans les matières scientifiques, ce que l’on appelle partout ailleurs les STEM : Science, Technologie, Ingénierie, Maths, si l’on veut non seulement que les résultats en sciences de la prochaine enquête PISA s’améliorent mais aussi que l’industrialisation et la compétitivité économique de la France, dont il est si souvent question, pointent enfin à l’horizon. La formation en économie ne doit pas se limiter aux SES – sciences économiques et sociales- mais doit intégrer l’éducation financière dès le collège et l’agrémenter de multiples expériences d’éducation à l’entrepreneuriat ; c’est ainsi que le fameux « vivre ensemble » prendra forme par l’action et non en se contentant d’incantations. Lorsque j’ai effectué un stage de management participatif en 1988, au sein de l’entreprise Hewlett-Packard, avant de devenir chef d’établissement scolaire, j’ai déjà noté que les magasiniers étaient recrutés au niveau du baccalauréat car cette entreprise misait sur le potentiel de l’employé pour lui permettre d’évoluer au sein de l’entreprise ou ailleurs. La valeur du diplôme est de la responsabilité de l’établissement, de sa capacité à faire acquérir les compétences qui permettront à chacun de réussir dans la voie choisie et à notre pays de devenir compétitif. C’est à terme la seule certitude que nous puissions avoir concernant notre économie et notre société. Pour
ce faire, il est impératif que parents, élèves, professeurs, directions
d’établissement, découvrent en quoi consistent leurs responsabilités.
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