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22.05.2021 - N° 584

Doctolib : vers un destin de mal-aimé à succès comme Amazon ?

 

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Par Nathalie MP Meyer



Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient "Le Blog de Nathalie MP" avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.



Doctolib est concurrencé en France par deux autres entreprises similaires,
à partir de là, que le meilleur gagne, pour le plus grand profit des utilisateurs.

On ne sait jamais. Au train où vont les choses, la plateforme française de prise de rendez-vous médicaux sur internet Doctolib pourrait bien devenir un jour un acteur majeur de l’économie numérique européenne.

Il est donc urgent de bien faire comprendre à notre opinion publique nationale qu’une entreprise qui combine initiative privée, service client, données de santé et cloud d’Amazon dans un succès insolent ne peut en aucune façon s’inscrire harmonieusement dans notre fabuleux modèle de développement économique et social.

C’est précisément ce à quoi le quotidien Le Monde s’est employé hier en publiant coup sur coup deux articles intitulés respectivement « Sécurité des données, position hégémonique… Faut-il avoir peur de Doctolib ? » et « Les ambitions dévorantes de Doctolib ». Toute ressemblance avec le traitement hystérico-dédaigneux servi par la gauche au géant de la vente en ligne Amazon n’est absolument pas fortuite.

Curieusement, il y a six mois, le même média déplorait le sous-développement de la France en matière de numérique et pointait combien elle avait été incapable de saisir la vague de la transformation digitale imposée par les restrictions d’activité et de déplacement face à la pandémie de Covid-19.

Mais dans l’esprit des éditorialistes du Monde, peut-être faudrait-il que la révolution numérique passât exclusivement par des fonds souverains, des clouds souverains, des startups souveraines et des licornes souveraines. Le vocabulaire est certes nouveau, il fait moderne et branché comme la « startup nation » à la Macron se rêve de l’être, mais dès lors qu’on y ajoute « souverain », il n’évoque rien d’autre que l’implication intense de l’État dit stratège dans l’activité économique. Et de ce côté-là, il suffit de dire Minitel souverain ou, plus récemment, TousAntiCovid souverain pour comprendre immédiatement que l’échec est au bout du chemin.

Le fait est que Doctolib n’est pas complètement indépendant du pouvoir étatique dans la mesure où BPI France, la banque publique d’investissement de l’État, participe à son capital à hauteur de 10 % ou presque. Mais difficile d’imaginer que les investisseurs allemands et le fonds d’investissement américain General Atlantic qui ont rejoint la plateforme en 2019 lors d’une levée de fonds de 150 millions d’euros ne l’aient fait que pour plaire au gouvernement français, sans critères de risque et de rentabilité bien à eux.

Quoi qu’il en soit, nous voilà prévenus :

Malgré une valorisation qui dépasse maintenant le milliard d’euros et fait de l’entreprise la sixième licorne française, malgré les 50 millions de patients utilisateurs (dont 5 millions en Allemagne) acquis depuis sa création en 2013, malgré ses 140 000 professionnels de santé partenaires et ses 1700 salariés, sans compter quelques 200 offres d’emplois en ligne actuellement, Doctolib, c’est purement et simplement l’horreur d’Amazon appliquée à votre santé.

C’est purement et simplement du capitalisme sans foi ni loi ni concurrence ni préférence nationale. Tout pour le profit (qui n’a pas encore montré le bout de son nez), rien pour le bien commun. Vous verrez ce qu’il adviendra de vos données de santé ; vendues au plus offrant ! Comme twittait Jean-Luc Mélenchon au début de la campagne de vaccination anti-Covid :

"#Macron décide d’un partenariat officiel avec #Doctolib pour gérer les centres de vaccination. Une entreprise privée pourra donc ficher toute personne passée par ses mains. Encore une fois, mépris des services publics, choix contraint du privé et des données de santé privatisées."

En attendant, les utilisateurs et les médecins plébiscitent les deux grands services offerts, c’est-à-dire la prise de rendez-vous à raison d’un forfait de 129 euros par mois payé par le professionnel de santé et la téléconsultation à raison d’un forfait mensuel supplémentaire de 79 euros. Lancé début 2019, ce dernier service a été proposé gratuitement au plus fort de la pandémie et il est certain qu’il a nettement contribué à attirer l’attention des médecins et des patients sur la plateforme.

D’où une certaine hégémonie dans les nouvelles habitudes des Français : Doctolib est pratiquement devenu un terme générique dans le domaine de la prise de rendez-vous médical, situation qui s’est incontestablement renforcée avec la campagne de vaccination.

DOCTOLIB EST-IL UN MONOPOLE ?

Mais parler de situation de monopole serait grossièrement exagéré. D’une façon générale, rien n’empêche l’arrivée d’un concurrent motivé et imaginatif sur le marché, mais plus concrètement, Doctolib est concurrencé en France par deux autres entreprises similaires, Maiia et Keldoc, les trois ayant été retenues par le gouvernement dans le cadre des rendez-vous pour la vaccination anti-Covid. À partir de là, que le meilleur gagne, pour le plus grand profit des utilisateurs.

Il est vrai que Doctolib est réputé extrêmement persévérant sur le plan commercial et qu’il a pris quelques longueurs d’avance sur ses concurrents, notamment en décrochant tout le système de prise de rendez-vous des hôpitaux publics de Paris et de l’Île-de-France (AP-HP) en 2017. Mais au regard des services apportés, il n’est guère avisé de se plaindre de la persévérance d’un entrepreneur, sauf à vouloir jouer l’égalitarisme dans le nivellement du service par le bas.

La question de la protection des données personnelles (nom, adresse, mail, etc.) et des données de santé (médecin consulté et spécialité) est nettement plus sérieuse et mérite que les sites en question ainsi que leurs utilisateurs lui consacrent toute leur attention. De fait, Doctolib a subi l’an dernier un piratage qui a entraîné la fuite des données administratives de 6000 rendez-vous. Après enquête, il ressort qu’il ne s’agissait pas de RDV pris directement sur doctolib.fr mais sur des sites spécialisés qui se connectent à Doctolib.

Il n’en demeure pas moins que cet événement ajouté au fait que Doctolib est hébergé sur le cloud de l’américain Amazon (AWS ou Amazon Web Services) est typiquement de nature à lui attirer la défiance des inconditionnels de l’étatisme souverain. Et peu importe qu’AWS soit devenu le fournisseur attitré d’un nombre grandissant d’entreprises françaises comme Axa, Engie ou encore Bonduelle. On pourrait très bien imaginer que les données stockées chez Amazon finissent par atterrir chez les autorités américaines en vertu des lois d’extraterritorialité des États-Unis.

Mais il se trouve que Doctolib et AWS ont signé un avenant spécifique permettant justement de protéger ces données de la mainmise des autorités américaines, disposition qui a paru suffisante au Conseil d’État pour valider la présence de Doctolib dans la campagne de vaccination. De son côté, le dirigeant et fondateur de l’entreprise Stanislas Niox-Chateau assure que toutes les données personnelles sont chiffrées de bout en bout, qu’aucune n’est revendue à quiconque et que le modèle économique de Doctolib repose exclusivement sur les forfaits rendez-vous et téléconsultation payés par les médecins.

Je pense hélas que Doctolib pourra apporter toutes les preuves possibles de sa bonne gestion, faire état de protocoles particulièrement soigneux quant aux données déposées sur son site et attirer de plus en plus d’utilisateurs et de clients satisfaits, ainsi va la France : les initiatives commerciales privées sont éminemment suspectes, elles procèdent forcément d’un goût maladif pour l’argent et le profit, surtout si elles ont du succès, et elles ne peuvent en aucun cas se prévaloir du désintéressement efficace que nombre de Français continuent à attribuer au secteur public malgré son talent inégalé pour transformer le « dynamisme » de l’impôt en fiascos carabinés.

Dans l’esprit des utilisateurs, Doctolib a l’air bien parti
mais dans l’esprit des faiseurs d’opinion, on dirait plutôt que c’est
le destin d’éternel mal-aimé à succès qui l’attend.
Exactement comme Amazon. Ça promet.


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