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17.04.2021 - N° 549
Les écolos : médiatiquement majoritaires, politiquement minoritaires
Par Frédéric Mas Frédéric Mas est journaliste. Après des études de droit et de sciences politiques, il a obtenu un doctorat en philosophie politique (Sorbonne-Universités). Il s'intéresse en particulier à la politique internationale, aux théories économiques contemporaines et à la vie des idées. Il écrit également pour Atlantico. ![]() La surexposition médiatique écolo est inversement proportionnelle à son poids électoral réel. Un élu municipal EELV a refusé une subvention à un club de bateaux à voile au nom de la lutte contre la pollution à Vincennes. Chaque semaine, l’actualité politique charrie son lot de décisions absurdes poussées par l’idéologie écologiste partout en France. Certaines sont assez insignifiantes, d’autres beaucoup moins. Parfois on se scandalise. C’est le cas quand la mairie de Strasbourg met 2,5 millions de subventions pour la construction d’une mosquée intégriste aux mains de la Confédération islamique du Milî Gorus. Parfois, on se gausse. Ici, on refuse une subvention sur une erreur d’appréciation grossière : M. Bernier-Gravat avait confondu bateaux à voile et bateaux à moteur. ![]() SUREXPOSITION MÉDIATIQUE DES ÉCOLOS Dans tous les cas, l’écologie est au centre du spectacle médiatique. Tout le monde est attentif aux manœuvres du groupuscule EELV, que l’ensemble du spectre politique considère comme d’avant-garde. On en vient à penser, comme le fait Nassim Nicholas Taleb, que c’est parce que le programme écologique est à la fois le plus radical et le plus intolérant qu’il a fini au centre de l’attention. L’historien Pierre Vermeren revient dans son dernier essai L’impasse de la métropolisation (Gallimard) sur cet intérêt démesuré pour l’écologie politique. Il provient de la place qu’ont pris les métropoles dans l’imaginaire national et la fabrication de la décision publique par nos élites sociales : « … Seule une fraction des élites, à la fois urbaine et politisée,
nourrie par un anticonsumérisme d’essence catholique ou d’extrême gauche - parfois conjoint - porte l’écologie politique. » Mouvement élitaire qui a pris son envol grâce à la campagne mondiale orchestrée autour de Greta Thunberg, l’écologie a également été poussée par les autorités et la classe politique après le mouvement des Gilets jaunes en 2019 : «
Avec le soutien des pouvoirs publics, des militants politiques ont
encadré des milliers de jeunes français résidant au cœur des
métropoles,
afin qu’ils manifestent, au nom de leur génération, contre les excès de la destruction de la nature et l’hyperconsumérisme qui frappent la planète depuis les années 1970. Mais cette surexposition ne peut dissimuler son artificialité. » LES ÉCOLOS EN MINORITÉ POLITIQUE La surexposition médiatique écolo est pourtant inversement proportionnelle à son poids électoral réel. La chambre d’écho des éditocrates a pu a ainsi transformer les municipales de 2020 en « vague verte » emportant plusieurs métropoles (Grenoble, Marseille, Lyon, Strasbourg, Bordeaux) sur son passage. Une note de la Fondation pour l’innovation politique a vite remis les pendules à l’heure, observant que le scrutin a surtout été la victoire historique de l’abstention, y compris au sein des métropoles pourtant perçues comme terres de prédilection des écolos : «
En 2020, avec environ 20 points de plus qu’en 2014, tant au premier
tour qu’au second tour, l’abstention au niveau national est pourtant
largement restée à l’écart des centres d’intérêt de l’immédiat
après-scrutin, dont les écologistes et
tout particulièrement EELV ont été aussitôt déclarés grands vainqueurs. Pendant quelques jours, on a pu avoir le sentiment qu’ils étaient devenus la première force politique du pays. S’il est attendu qu’une telle interprétation soit portée par EELV, d’autant plus que ce parti est auréolé de la prise de quelques villes importantes, la thèse d’une « vague », rapportée à une si faible participation, n’est pas recevable. » La grande majorité des communes en France reste dirigée par des coalitions de droite et par la gauche socialiste, et cela sans révolution majeure depuis 2008. Mais là encore, on surexpose la vie publique des grandes villes, et on oublie tout le reste, c’est-à-dire les trois quarts du pays. POLITIQUE DE RECONNAISSANCE Observer à la loupe les initiatives écolos les plus insignifiantes revient donc à se placer au cœur des débats politiques internes au bloc élitaire urbain, en ignorant tout le reste. Sont totalement passés sous silence ou méprisés les millions de Français chassés des villes par le prix de l’immobilier ou qui aspirent à vivre dans des maisons individuelles plutôt que des immeubles. Sont ignorés les problèmes de transports, d’emplois, de bon fonctionnement des services publics sur l’ensemble du territoire une fois sorti de la douzaine de métropoles qui quadrillent le pays. Sont ignorés les ratés de la nouvelle économie encouragée par les politiques publiques depuis au moins le début des années 1980, qui se traduit aujourd’hui par l’absolue dépendance économique et politique de la périphérie à l’endroit des centres urbains, principaux vecteurs de richesses et de croissance. Du manque de reconnaissance naît le populisme politique qui vise les élites sociales. Parfois ce manque de reconnaissance se transforme aussi en colère bien réelle, comme ce fut le cas avec le mouvement des Gilets jaunes. Pourtant aujourd’hui, rien n’a véritablement changé. On prête toujours autant d’attention aux écolos
et on néglige ce qui se trame au-delà du périphérique parisien. La centralisation sur laquelle s’appuient les métropoles n’est donc pas seulement politique : elle est aussi culturelle.
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