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16.04.2021 - N° 548

L’Europe sort de l’histoire

 

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Par Guy Millière


Titulaire de trois doctorats, Guy Millière est professeur à l’Université Paris VIII
Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication
et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis.
Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France.
Expert auprès de l’Union Européenne en bioéthique, Conférencier pour la Banque de France. Ancien visiting Professor à la California State University, Long Beach.



Il y a quelques semaines, début février, l’Espagnol Josep Borrell, “haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères” s’était rendu à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine, qui l’avait traité comme un moins que rien, et avait fait expulser deux diplomates européens le jour de la rencontre. L’indignation avait monté dans les capitales européennes. Traiter un haut dignitaire européen comme un moins que rien ! Lui infliger un camouflet en expulsant deux diplomates européens pendant qu’il est à Moscou ! L’indignation était vite retombée.

Deux autres dignitaires européens se sont rendus à Ankara ces jours derniers, pour rencontrer Recep Tayyip Erdogan, le Belge Charles Michel, Président du Conseil européen, et l’Allemande Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission Européenne, et Recep Tayyip Erdogan les a traités, eux aussi, comme des moins que rien, tout particulièrement Ursula von der Leyen, qu’il a laissé s’assoir à distance, sur un divan, sans lui donner la parole. L’indignation est à nouveau montée dans les capitales européennes. Cette fois, c’était deux hauts dignitaires européens qui étaient traités comme des moins que rien et qui se voyaient infliger un camouflet ! Recep Tayyip Erdogan avait, en supplément, montré son mépris des femmes et Charles Michel n’avait rien dit ! L’indignation retombera aussi vite que la fois précédente.

Quelques commentateurs ont dit que l’Union Européenne ne savait pas se faire respecter, et dès lors n’était pas respectée. Ils ont pour partie raison. L’Union Européenne n’est effectivement pas respectée. Ce n’est, cela dit, pas parce qu’elle ne sait pas se faire respecter, mais parce qu’elle n’est pas respectable, et parce qu’en politique internationale, les rapports de force, la capacité d’énoncer des positions fermes et de défendre des valeurs comptent, et sur ces plans l’Union Européenne est absente, même lorsque ses représentants sont présents. L’Union Européenne a choisi la faiblesse et l’apaisement et a imaginé en faire des moyens de résoudre les conflits, ce qui la conduit à adopter le plus souvent la position couchée de la carpette dans les négociations internationales auxquelles ses représentants participent.



Quand ses représentants ont élevé la voix, face à la Russie concernant l’Ukraine, ou face au comportement de la Turquie, les dirigeants auxquels ils ont fait face ont évalué la détermination de ceux étaient devant eux, leurs forces militaires, leurs capacités de rétorsion, et ont très rapidement conclu que la faiblesse et l’apaisement reprendraient le dessus, et ils ne se sont pas trompés. L’Union Européenne n’est ferme que verbalement, et de façon brève, et ses choix face aux conflits l’ont conduit à être militairement asthénique et à n’exercer des rétorsions qu’en matière économique, et d’une manière qui a le plus souvent ressemblé à l’impuissance. Quant aux valeurs : elles sont proclamées, et en restent presque toujours au stade de la proclamation : et la pratique est souvent très différente. Pour ne citer que cet exemple, le comportement des dirigeants européens vis-à-vis de l’abominable régime iranien après que l’accord de juillet 2015 ait permis à celui-ci d’avoir des dizaines de milliards de dollars à dépenser a été lamentable, obséquieuse et très éloignée du moindre respect pour les droits de l’être humain.

La réalité, qu’il est difficile de regarder en face, est que l’Europe est en déclin et sort de l’histoire, et que l’Union Européenne, cette structure technocratique soviétoïde qui abrase la démocratie, et l’identité même de la civilisation occidentale est le dispositif qui incarne ce déclin et cette sortie de l’histoire. Vladimir Poutine, nationaliste russe machiavélien le discerne, et agit en conséquence. Recep Tayyip Erdogan, islamiste turc cynique le discerne lui aussi, et agit lui-même en conséquence.



Les dirigeants européens ont détesté Donald Trump : parce qu’il comprenait la nécessité de poser des rapports de force, d’énoncer des positions fermes et de défendre des valeurs. Ils ont maintenant à Washington une administration qui leur ressemble, et ils en sont satisfaits. Ils vont pouvoir décliner et sortir de l’histoire sans que quiconque leur demande d’être un peu plus dignes.




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