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25.03.2021 - N° 410

Vente d’organes, prostitution, GPA…
Le recours au marché est-il immoral ?

 

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Par Elie Blanc



Elie Blanc un étudiant à l'EDHEC et est passionné d'économie.




Les partisans du recours au marché ne sont-ils
que des monstres insensibles au sort des plus fragiles ?

Lors des toutes premières leçons sur le marché, il est expliqué aux étudiants de classe de Première qu’il existe des biens et des services soumis aux mécanismes de marché, et d’autres qui ne le sont pas. Pour des raisons d’éthique évidentes, on refuse par exemple que les citoyens vendent librement leur corps ou achètent des drogues.

Si certaines mauvaises têtes s’interrogent sur les raisons qui peuvent justifier une telle privation de liberté, on rappelle à ces êtres sans cœur que sans ça les pauvres se prostitueraient tous, vendraient leurs organes et loueraient leur utérus. Il faut absolument les protéger d’eux-mêmes pour leur bien. Il est des choses qui ont un prix et des choses qui ont une dignité disait Kant.

Les partisans du recours au marché ne sont-ils que des monstres insensibles au sort des plus fragiles ?

LA LOGIQUE DE L’INTERDICTION

Il convient de tirer toutes les conséquences logiques que constitue l’interdiction de marchander librement son corps, qu’il s’agisse de GPA, de prostitution ou de vente d’organes.

Elle signifie tout simplement que l’État retire aux citoyens la pleine propriété de leur propre corps. En effet, la propriété est constituée du droit de jouir et de disposer (c’est-à-dire vendre dans le jargon juridique). Si l’État vous retire le droit de jouir ou de vendre votre corps, il ne fait rien d’autre que vous confisquer la pleine propriété de votre propre corps.

Certains avanceront que la marchandisation du corps n’est pas morale car les plus pauvres y recourraient pour gagner de l’argent facilement, sans considération pour les impacts durables sur leur santé. Pourtant, la nécessité d’avoir un consentement libre et éclairé n’est pas spécifique à ce cas de figure, c’est une condition à la validité de n’importe quel contrat en droit français.

Si l’on est capable de s’assurer que des personnes sont suffisamment conscientes des conséquences d’un don de rein, en est-on incapable pour celles qui souhaitent le donner contre rémunération ? On pourrait rétorquer que ce consentement pourrait être vicié par une situation financière délicate.

Même si on peut louer l’intention d’un tel raisonnement, il est paradoxalement biaisé par un manque d’empathie à l’égard de cette personne : si elle décide librement de vendre un organe, après avoir été informée des conséquences sur sa santé d’une telle opération, c’est qu’elle juge que sa situation personnelle sera globalement meilleure (ou peut-être devrait-on dire moins pire) après cette vente.

Persister dans l’interdiction de la marchandisation du corps humain permet alors peut-être de se voiler la face sur la précarité de certaines personnes, mais cela ne la fait pas disparaître pour autant. Il est vrai qu’on aimerait tous croire que l’histoire de Fantine appartient au passé ou à la fiction, mais face à une situation aussi terrible, on ne peut empêcher les plus démunis de choisir le moindre mal, et surtout pas pour épargner notre propre sensibilité.

LES VICTIMES DE L’INTERDICTION

Dans notre aveuglement, nous oublions également les autres victimes de cette interdiction, toutes ces personnes qui mourront faute de donneurs. Est-il vraiment moral de sacrifier la vie de ces personnes au nom de la protection des individus contre eux-mêmes ?

Les partisans de l’interdiction de la marchandisation du corps humain refusent aussi de voir qu’on peut interdire un marché, mais jamais le faire disparaître totalement, car le besoin est toujours présent.

Le marché s’organise alors illégalement, et ce sont les criminels qui répondent à cette demande. Choisir de renoncer au marché, ce n’est rien d’autre que renoncer à un système fondé sur la liberté individuelle pour y substituer un système fondé sur la violence et la loi du plus fort.

Est-il si insupportable de laisser les hôpitaux mettre en place un marché d’organes librement vendus, ou est-il préférable de laisser à la Chine le soin d’approvisionner le marché noir en organes ouighours ?

La prestation de services sexuels doit-elle être laissée à des maisons closes ou à des mafieux qui réduisent en esclavage des femmes d’Europe de l’Est ?

Si l’idée de vendre volontairement son corps vous effraie, l’idée que l’on soit contraint de le faire devrait vous glacer le sang.

On pourrait aussi soulever que la marchandisation légale du corps humain est déjà une réalité.

Le plombier qui travaille accroupi toute la journée finit inévitablement par souffrir du dos, les militaires finissent souvent à moitié sourds à cause de l’entraînement au tir (sans même parler de ceux qui meurent au combat), le pompier risque de se brûler chaque fois qu’il éteint un feu… N’est-ce pas là aussi une certaine manière d’offrir son corps contre rémunération ? Il existe bien évidemment une différence substantielle de degré entre ces exemples et le fait de louer un utérus ou vendre un rein, mais pas de nature.

LA MORALE DU CORPS HUMAIN

De toute façon, il ne s’agit pas non plus de faire croire que légaliser la marchandisation du corps humain est une solution miracle qui ferait complètement disparaitre le marché noir et dont la moralité ne saurait être remise en question.

Mais peut-on vraiment continuer d’affirmer, et même d’enseigner, que le recours au marché est nécessairement immoral pour tout ce qui concerne le corps humain ?

L’objectif des sciences humaines et de l’école n’est-il pas plutôt
de proposer des thèses qui vont à l’encontre de nos intuitions et croyances,
 pour que chacun puisse avoir un
avis éclairé sur des questions aussi importantes et complexes ?


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