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20.02.2021
Conquête de Mars : le développement économique de demain
Par Pierre Brisson Pierre Brisson, économiste libéral de formation (MA en Economics de l'Université de Virginie, Charlottesville), banquier d'entreprises retraité, est passionné de planétologie et d'astronautique, et président fondateur de la Mars Society Switzerland. ![]() Ce qui était anecdotique va devenir de plus en plus important avec le temps,
le développement de nos technologies et l’amélioration de notre connaissance des lieux. Il est 21 heures 57 sur Terre, en Europe occidentale. Le rover Perseverance de la NASA s’est posé sans dommage à la surface de Mars. Une nouvelle page de l’exploration humaine est ouverte. Elle est blanche. Nous allons l’écrire et il y en aura beaucoup d’autres ! On parle beaucoup de Mars ces temps-ci. En effet tous les 26 mois nous sommes en position de pouvoir y envoyer quelque chose et demain d’y partir. Ce qui était anecdotique va devenir de plus en plus important avec le temps, le développement de nos technologies et l’amélioration de notre connaissance des lieux. Il y aura en effet de plus en plus de vols transportant de plus en plus de valeur, avant qu’une économie locale se développe, créatrice de richesses aussi bien pour les futurs Martiens que pour les Terriens. Pour le moment un dollar ou un euro dépensé pour Mars est dépensé sur Terre. C’est un agent économique terrien qui rémunère un autre agent économique terrien. Il n’y a pas de perte d’argent dans l’espace comme peuvent penser certains. Aujourd’hui c’est le plus souvent un agent économique public, une agence spatiale nationale (NASA, ESA, RosCosmos -les Russes – ou United Emirate Space Agency) qui achète un service ou un bien à une personne employée par son agence ou à un fournisseur extérieur. Il y a de tout dans ces achats mais il y a surtout de la recherche et de l’innovation, de la matière grise. De la recherche car on doit embarquer des instruments qui n’existent pas encore mais dont on a besoin, ou des robots auxquels on confie des missions de plus en plus complexes. Le rover Perseverance est un progrès par rapport au rover Curiosity, tout comme son spectrographe laser Supercam est un progrès par rapport au spectrographe laser Chemcam de Curiosity, et maintenant il capte des sons aussi bien qu’il prend des photos ; en robotique le rover est devenu autonomous reverse c’est-à-dire qu’il a beaucoup plus d’autonomie en fonction d’un objectif et se déplace donc plus vite. D’une manière générale on privilégie l’efficacité, la fiabilité, la robustesse et les prix se discutent. On a souvent l’impression que la NASA est une entreprise américaine qui envoie sur Mars des machines américaines mais ce n’est pas si simple. La NASA recherche dans le monde entier le meilleur fournisseur pour l’objet correspondant à ses besoins. Ce meilleur fournisseur peut être aussi bien français (Chemcam et Supercam déjà cités) que suisse (microscope à force atomique, AFM embarqué sur la sonde PHOENIX) ou allemand (HP3, sonde thermique embarquée par InSight). Par ailleurs la NASA est en compétition avec les autres agences spatiales et elle ne peut pas se permettre de dormir sur ses lauriers car les Chinois sont encore loin derrière mais ils progressent. C’est pour cela que SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk qui développe le vaisseau spatial Starship, a toutes les chances de remporter sa confrontation avec la NASA elle-même, porteuse de la fusée SLS (ULA avec un consortium de grandes entreprises traditionnelles du secteur) car son travail avance mieux et que ses perspectives d’utilisation sont plus intéressantes. Alors, certains critiquent l’utilité de cette recherche. Mais peut-on vraiment critiquer ce qui sert à accroître nos connaissances ? Les Hommes devraient-ils se limiter à une fonction alimentaire et reproductive pour laquelle seules compteraient les dépenses sanitaires ? Le seul but de l’humanité est-il de faire des enfants et d’éviter qu’ils meurent pour qu’à leur tour ils fassent des enfants pour éviter qu’ils meurent, comme n’importe quelle bactérie ? Par ailleurs, il y aura des retombées terrestres aux innovations réalisées pour l’exploration de Mars. Les rovers du type de Perseverance sont agiles et relativement autonomes. Ont été développées pour eux des technologies qui peuvent permettre d’accéder à des endroits interdits à l’Homme, comme les zones irradiées ou les sites ayant subi des tremblements de terre, là où tout bouge et peut s’écrouler. Bien entendu la recherche sur Terre se fait aussi en parallèle avec des vues exclusivement terrestres, mais la recherche spatiale apporte sa contribution. Elon Musk développe son Starship pour aller sur Mars mais il compte bien rentabiliser son innovation par des vols planétaires terrestres ultra-rapides (Londres-Sydney en une heure par exemple) pour abaisser le coût unitaire de ses lancements vers Mars. C’est ce qu’on appelle l’économie d’échelle. Tout le monde rêve d’y parvenir et tout le monde va en profiter. Plus tard, disons dans une trentaine d’années ou si nous commençons demain, disons à la fin de cette décennie, des Hommes vivront sur Mars. C’est-à-dire qu’ils travailleront sur Mars. Ils y travailleront pour continuer la recherche initiée par les robots commandés par des Hommes sur Terre, pour subvenir à leurs propres besoins locaux et pour créer quelque chose de nouveau. Mais ils travailleront aussi pour assurer un retour sur investissement à ceux qui les auront financés, les personnes privées, telles qu’Elon Musk ou Jeff Bezos, aussi bien que les États car il ne faut pas penser que des gens pourraient vivre sur subventions ou à fonds perdus pendant des dizaines d’années. C’est d’ailleurs la possibilité de ce retour sur investissement qui pourra inciter les capitalistes terriens ordinaires à investir dans cette aventure au côté des grands Tycoons américains. Tout un système financier peut être imaginé : une société d’exploitation de Mars qui concentre le capital et qui structure le développement de l’implantation avec l’espoir de récolter les fruits de sa prise de risque. Cette société sera une société privée, par actions, une Société des Nouvelles Indes, car la bourse est le meilleur moyen de recueillir des fonds, partout dans le monde. Elle pourra être assistée d’une Compagnie d’assurance de l’Espace, pour organiser les financements et faire venir d’autres fonds, et d’une société d’assurance elle aussi dédiée, pour garantir les risques de ceux qui voudront prêter ou emprunter. Mais que pourra-t-on faire sur Mars ? Toujours développer des technologies en étant sur le terrain où on peut les tester. La Terre devra être de plus en plus économe de ses ressources et pratiquer au maximum le recyclage. C’est exactement ce que devront faire les Martiens dans un environnement particulièrement exigeant puisque toute molécule organique y sera précieuse. Il y aura donc des centres de recherche sur Mars. Mais il y aura aussi des observatoires astrophysiques. Pensez aux nuits sans Lune, à une atmosphère très peu dense ne faisant obstacle à aucun rayonnement, à une pesanteur réduite permettant des télescopes ou des capteurs trois fois plus massifs que sur Terre. En fait il y aura toutes les activités que l’on peut imaginer et que l’on peut aussi bien mener sur Terre mais qui seront menées sur Mars parce que leur porteur aura décider de s’y installer. L’environnement physique sera certes rigoureux mais certains préféreront peut-être un environnement humain plus calme que celui de la Terre et plus porteur intellectuellement car les Martiens auront été durement sélectionnés en fonction de leur compétence et du prix à payer pour exercer une fonction sur Mars. Ce seront les meilleurs, aussi bien des géologues que des boulangers ou des plombiers. Vivre sur Mars sera continuer à profiter de l’enseignement de la meilleure université (pas d’étude de genre ni des races, mais de la physique et de toutes les variétés d’ingénierie, sans oublier l’agriculture ou la pisciculture), tout en pratiquant son métier en étant forcément mieux rémunéré qu’ailleurs. La seule limitation sera la masse. Pas question, sinon très marginalement, d’exporter des objets pondéreux à partir de Mars car le coût du transport les rendrait prohibitifs, c’est-à-dire non concurrentiels par rapport aux objets terrestres. Les martiens n’exporteront donc que des biens immatériels mais on échangera de plus en plus de tels biens. Pensez à l’impression 3D qui certainement va connaître un développement extraordinaire et pensez aussi que l’on va être de plus en plus réticents à utiliser des matières premières vierges. Ce sont ces échanges, comme tous les échanges qui vont enrichir aussi bien les Martiens que les Terriens, chacun développant ses avantages comparatifs, compte tenu d’une barrière à l’entrée très élevée pour les biens physiques et les seuls biens que les Martiens importeront de la Terre seront ceux qu’ils ne pourront pas produire sur Mars. Mais il y aura aussi du tourisme sur Mars car ce sera une exportation intéressante dont le consommateur payera le prix sur place. Sans attendre et déjà sur Terre, on voit bien l’avantage qu’une population comme celle des Émirats Arabes Unis tire de sa participation à l’exploration spatiale. Sa jeunesse la plus brillante s’intègre à l’élite scientifique internationale. Elle va voyager, prendre des postes dans les grandes agences spatiales, gagner de l’argent qui ne sera plus seulement le fruit du commerce, ouvrir encore plus son esprit. L’économie de son pays va se diversifier et le pays étant situé près de l’Équateur, site idéal, ils pourront développer sur place un astroport, avec communications et télécommunications mondiales, qui deviendra un hub pour tous les pays qui n’auront pas eu leur avance dans ce domaine. Alors qu’est-ce que 200 millions de dollars pour obtenir cet upgrading national ?! Aller aujourd’hui sur Mars avec nos robots, c’est non seulement rechercher la vie ailleurs, c’est miser sur la vie demain,
sur notre Terre aussi bien que sur Mars. Il n’y a pas d’or à rapporter de Mars mais on y fera fructifier notre intelligence et notre travail comme La Fontaine nous a conseillé de le faire dans sa fable "Le laboureur et ses enfants".
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