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18.01.2021

« Nous Français, avons
la meilleure administration du monde »
 

Par Pierre-Joseph d’Haraucourt



Ancien dirigeant de sociétés dans le domaine de l’aéronautique et de la défense,
et actuellement associé d’un cabinet spécialisé dans le retournement d’entreprises.



OPINION : discrimination positive et quotas ne règleront en rien la baisse constatée du niveau de notre administration,
sentiment maintenant partagé par la majorité de nos concitoyens.


En 1980, le secrétaire d’État à la fonction publique, Jacques Dominati, estimait que nous possédions, nous Français, la meilleure administration du monde. La preuve : des délégations étrangères défilaient sans cesse dans notre pays pour prendre modèle.

Quarante années plus tard, son lointain successeur ne pourrait tenir les mêmes propos sans déclencher l’hilarité générale, les nombreux exemples récents étant suffisamment éloquents.

QUE S’EST-IL DONC PASSÉ ?

Comme dans toute organisation, il faut s’intéresser à ce qui se passe en haut de la pyramide.

Jusque dans les années 1970, les jeunes gens ambitieux avaient comme modèles ces grands fonctionnaires qui avaient reconstruit la France après la Seconde Guerre mondiale puis qui l’avaient modernisée.

Pour ne citer que quelques exemples : Louis Armand pour le transport ferroviaire, Pierre Guillaumat pour le pétrole et l’énergie atomique, Pierre Massé pour l’électricité, Paul Delouvrier pour les infrastructures et les villes nouvelles, Maurice Lauré pour la banque, plus tard Gérard Théry pour les télécommunications. Tous étaient de véritables bâtisseurs. Ils alliaient expertise technique et même scientifique, créativité et compétence managériale. On pouvait les qualifier au risque de l’oxymore, d’entrepreneurs publics.

On cherche en vain aujourd’hui chez les hauts fonctionnaires ce type de profils emblématiques. Récemment, l’un d’entre eux, un des plus capés, Jean-Pierre Jouyet, qui a occupé tous les postes prestigieux de la République, vient de publier ses mémoires, L’envers du décor.

On s’attendait à ce qu’un acteur et témoin privilégié de ce calibre remette en perspective tous les événements qu’il a vécus, les missions qu’il a ou aurait menées à bien, et en livre les clés pour mieux les comprendre. Hélas, il ne s’agit que de chroniques de Cour.

Les étudiants des années 2010 qui ont encore le sens de service public n’ont plus de modèles à qui ils pourraient s’identifier.

LES RAISONS CONNUES DE CETTE BAISSE DE NIVEAU

Les privatisations, les délégations de service public, les conséquences de la RGPD de 2007 – excellente initiative sous-estimée, les résultats ne pouvant s’apprécier que sur le long terme- sont souvent mises en avant. Elles sont parcellaires.

D’abord, en 40 ans, les différences de rémunérations entre les secteurs publics et privés se sont considérablement accrues. La mondialisation des grandes entreprises aidant, les salaires et autres avantages financiers des PDG se rapprochant des standards mondiaux, il a bien fallu faire de même pour leurs collaborateurs et de proche en proche, pour l’ensemble de l’encadrement supérieur.

Par ailleurs, l’État, et c’est une bonne chose, s’est progressivement mué de maître d’œuvre à maître d’ouvrage. L’exemple de la Délégation Générale de l’Armement, administration de qualité qui a permis le renouveau de la production d’armement français sous les Quatrième et Cinquième Républiques est éclairant. De producteur et concepteur d’armes avec ses usines, laboratoires et centre d’essais, elle est devenue maitre d’ouvrage, c’est-à-dire spécificateur d’armes et de systèmes d’armes.

À noter d’ailleurs que ce désengagement bienvenu de l’État ne s’est pas accompagné d’une baisse des effectifs de la fonction publique mais c’est un autre sujet, abondamment traité par les contributeurs de Contrepoints.

Imaginons donc le cas d’un jeune ingénieur de l’armement.

Il a le choix entre rester à la DGA, pour définir, spécifier, suivre les délais et les coûts des systèmes dont il est en charge, bref rester au balcon, ou se faire embaucher dans le privé pour contribuer à les réaliser dans les bureaux d’étude et les usines, et cela pour un salaire très supérieur à son traitement et avec une satisfaction intellectuelle supérieure. Si, de plus, il a le sens du service public, il pourra à juste titre considérer qu’il y sert mieux la collectivité nationale.

À PARTIR DE 35 ANS, LES MEILLEURS FONCTIONNAIRES SONT DANS LE PRIVÉ

Tous les DRH le savent. À plus de 35 ans, les meilleurs des fonctionnaires sont dans le privé. Bien sûr, cette appétence pour le privé ne concerne pas ceux en charge du régalien : militaires, diplomates, préfets, policiers, magistrats, professeurs, etc. Mais dans ces cas, il s’agit souvent de vocations, de métiers parfois prestigieux avec de vrais pouvoirs.

Ce constat ne concerne pas non plus les fonctionnaires passés dans le privé et qui reviennent plus tard pour occuper de très hautes fonctions dans le cœur du réacteur nucléaire de l’exécutif.

Face à cela, certains libéraux s’en félicitent. Cela ne peut que contribuer à l’affaiblissement de la sphère étatique. Mais c’est oublier que si ces fonctionnaires en place n’ont plus la capacité à avoir un rôle de locomotives, ils conservent néanmoins le pouvoir d’empêcher ou de ralentir.

Il y a peu de solutions évidentes. Augmenter les rémunérations serait illusoire et aurait un effet boule de neige sur l’ensemble de la grille salariale de la fonction publique. Pas vraiment opportun !

DISCRIMINATION POSITIVE ET QUOTAS NE RÈGLERONT EN RIEN LA BAISSE CONSTATÉE DU NIVEAU DE NOTRE ADMINISTRATION

Einstein disait qu’un problème sans solution est un problème mal posé. C’est vrai dans le domaine des sciences dures ; dans celui des organisations humaines, beaucoup moins. En tout cas, il est plus important d’essayer de trouver des solutions à celui-ci que de vouloir à tout prix revenir sur les principes de l’article 6 la Déclaration de Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 postulant que « tous les citoyens sont également admissibles à tous emplois publics et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

Discrimination positive et quotas ne règleront en rien la baisse constatée du niveau de notre administration,
sentiment maintenant partagé par la majorité de nos concitoyens.
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