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06.01.2021

Vaccins : une organisation bureaucratique bien française
 

Par Olivier Maurice



Olivier Maurice est né en 1963. Après une première vie trépidante d’entrepreneur et de cadre supérieur à travers le monde, un accident de la vie l’a fait atterrir dans la campagne française d’où il redécouvre depuis quelques années avec curiosité et une certaine dose d’agacement ses compatriotes et leurs drôles de certitudes.



Notre monstre bureaucratique semble se féliciter d’être capable de convoyer 50 doses de vaccins en deux jours et de les administrer.

Si les choses continuent au rythme actuel, un quart de la population française sera peut-être vacciné contre la covid-19 le 9 mai 3855, si les calculs sont bons. Enfin, c’est sans compter les jour fériés, les dimanches, les vacances, les RTT, les jours de récupération, les grèves, les jours à attendre que les vaccins arrivent, les heures de réunion, les journées pour enfant malade, les réunions syndicales, les séminaires d’entreprise et les pauses café. Et seulement s’il n’y a pas de rupture dans la chaîne d’approvisionnement.

On nous avait promis une startup nation, nous y sommes. Nous sommes dans le prototype, dans le MVP, le minimal viable product : la preuve de faisabilité.

C’est désormais officiel : le gouvernement et la machine de santé publique et tout le reste de l’administration centrale, qui coûtent quand même au contribuable français la bagatelle de 478 milliards d’euros par an, soit 54,6 millions d’euros de l’heure, est capable de convoyer 50 doses de vaccin en deux jours et de les administrer.

Maintenant, y’a plus qu’à !

VACCINS : L’USINE À GAZ

Et on n’imagine pas la débauche d’énergie et les montagnes d’ingéniosité qu’il a fallu déployer pour y arriver.

Les centaines de coups de téléphone qu’ont dû passer le ministre de la Santé et son staff, son directeur de cabinet, les adjoints au directeur de cabinet, les conseillers spéciaux, les experts, les consultants en organisation, en communication, en santé publique…

Les centaines d’heures de réunion pour se synchroniser entre ministères et entre organisations, pour élaborer les notes de service, les recommandations, les spécifications de transport, de protocole de délivrance, de réception…

Puis pour les faire relire par le Comité scientifique, par les directeurs des ARS, qui les ont eux-mêmes fait relire par leurs employés puis transmis pour relecture aux chefs de services, aux responsables des départements logistique des hôpitaux, aux directeurs des EHPAD, aux médecins référents des établissements, aux infirmières, aux aides-soignantes…

Puis les centaines d’heures de réunions et de coups de téléphone pour se synchroniser avec le ministère de l’Économie, les services du budget, les services des douanes, le ministère de l’Intérieur pour escorter les convois de précieux vaccins…

Surtout qu’il a fallu tout recommencer, parce que les consultants en organisation ont fait remarquer à juste titre qu’il fallait absolument suivre la procédure qualité et intégrer le nouveau process et les nouvelles références de produits dans le système informatique…

Après une âpre discussion pour déterminer s’il fallait modifier le plan ou le système informatique, il a donc fallu en urgence annuler la réunion de synchronisation avec le Premier ministre, et donc celle avec le président et convoquer la cellule de communication de l’Élysée et celle de Matignon pour modifier les communiqués officiels et les aligner sur les nouvelles décisions…

LES RAISONS DE LA COLÈRE

C’est un classique de tous les cabinets conseils en management et en organisation : comment adapter une organisation et lui instiller la culture du changement ?

Un classique et un énorme marché, parce qu’une fois la recommandation du cabinet A mise en œuvre et que l’on constate à la première crise venue que ça n’a pas marché, qu’après moult discussions, on a décidé d’engager le cabinet B, dont la recommandation sera certes plus coûteuse que celle de son prédécesseur, mais qui aboutira à la même catastrophe, laissant la place au cabinet C etc.

Toute organisation est régie par quatre lois fondamentales. Régie, ou plutôt devrait-on dire, soumise à quatre lois fondamentales.

La première est la loi de Murphy. S’il n’y a qu’une chance, ne serait-ce qu’infime, pour que les choses tournent mal… eh bien il est sûr et certain que cela tournera mal.

La seconde est la loi de Peter. Toute organisation finit par être occupée par des personnes, qui par promotions successives, parviennent un jour à la limite de leurs compétences. Toute organisation finit donc toujours par devenir totalement incompétente, car reposant sur des individus ayant atteint et dépassé leur seuil de compétence.

La troisième, connue sous de très nombreux sobriquets souvent triviaux à base de lieu de débauche et de déjections diverses mais dont la plus savante et à la fois la plus accessible des dénominations est celle de la loi des quatre carrés de Lagrange : tout entier positif peut s’exprimer comme la somme de quatre carrés, ce qui métaphoriquement signifie que toute organisation regroupant N personnes doit également être considérée comme n’étant en fait que la juxtaposition de plusieurs organisations d’avis contradictoires, qui sont elles-mêmes la juxtaposition, etc.

La quatrième, que l’on pourrait baptiser la loi d’Allègre, un malheureux ministre ayant vu sa carrière ratatinée pour avoir commis le sacrilège de citer cette dernière dans l’exercice de ses fonctions, ou la loi de Gilliam (du nom de Terry Gilliam, le réalisateur de Brazil) : les dégâts infligés et les probabilités de déclenchement des trois principes cités précédemment sont exponentiellement proportionnels à la taille de l’organisation.

LA CONSTANCE DANS LE PLANTAGE

Tout cela pour dire que la succession d’échecs aux dimensions épiques, monumentales, voire colossales qu’ont à subir nos pauvres dirigeants pourtant si attentionnés et si bienveillants était tout à fait normale, prévisible, inévitable, obligatoire voire rassurante.

Un système aussi lourd, sclérosé, gangrené, atteint de rhumatismes chroniques et d’insuffisance fonctionnelle que l’État français ne pouvait pas faire mieux. C’est déjà pas mal de ne pas avoir fait pire.

Ce qui est moins normal, moins compréhensible, moins honnête et surtout moins admissible, c’est ce qui nous est servi systématiquement pour tenter de masquer les dysfonctionnements incompréhensibles de l’administration, du gouvernement et des divers services de l’État.

Lorsqu’un présentateur du journal de 20 heures dit à un quelconque représentant officiel que « l’on ne comprend pas pourquoi… » attend-il vraiment une explication détaillée, une excuse, de la pédagogie ou un gros bobard ?

« On ne comprend pas pourquoi… » signifie tout simplement que devant la honte monumentale du cafouillage, on attend fermement une réaction se situant entre la purge stalinienne et le seppuku, au choix et suivant l’inspiration du moment.

LE MONSTRE LIBÉRAL

En France, nous avons le principe de précaution à la place du principe de réalité. On préfère prendre son temps à superposer les couches de formulaires et de procédures plutôt que de faire confiance aux autres.

Pour faire très simple, il y a schématiquement deux méthodes.

La première, celle qu’a choisie le gouvernement (et le peuple) français depuis des décennies : si on n’envisage pas tous les cas possibles, si on ne modélise pas toutes les solutions possibles, si on ne planifie pas au moindre détail le meilleur scénario possible… on ne va jamais y arriver.

La seconde, celle que l’humanité utilise depuis la nuit des temps et qui a permis par exemple aux Américains de vacciner un million de personnes en une dizaine de jours : on laisse les gens faire leur travail.

On a l’impression qu’en France, on essaie encore et toujours de prouver qu’il n’y a aucune raison expliquant pourquoi tous les systèmes planifiés se révèlent toujours totalement inefficaces et finissent par s’effondrer.

On a l’impression qu’avec une bonne dose d’excuses et de baratin, on va tout faire mieux que les autres.

PIPEAU ET MANDOLINES

Personne n’est dupe de l’explication de texte. Surtout que l’on commence à y être bien habitués. Il n’y a pas de masque : c’est parce que c’est trop difficile à manipuler. Il n’y a pas de tests, c’est parce que ça ne sert à rien. Il n’y a pas de lits de réanimation, c’est parce qu’ils seraient inutiles si le confinement était respecté. Il n’y a pas d’isolement, c’est parce que c’est discriminant. Il n’y a pas de vaccin, c’est parce que l’on ne veut pas brusquer les Français et que l’on doit faire les choses dans l’ordre !

C’est sûr, il vaut mieux évoquer un troisième confinement, car le confinement, la fermeture des commerces, la mise au chômage de millions de personnes, la mise en prison de millions d’écoliers, de collégiens, de lycéens et d’étudiants, de sportifs, d’artistes, l’explosion de la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, la destruction de pans entiers de l’économie et de la société, la multiplication sans retenue de la dette, etc., tout cela ne brusque pas les Français.

C’est sûr, il faut être cohérent : l’acceptation du confinement, dont on n’a d’ailleurs absolument aucune preuve scientifique de l’utilité ou de l’inutilité, ne tient que parce qu’il y a au bout du tunnel l’espoir du retour à la normale, lequel passe… par le vaccin. Pas de vaccin, pas de retour à la vie normale.

Et donc, il était impossible de penser à la logistique et au process de vaccination, disons début mars, puisque déjà à l’époque c’était ça, la lumière au bout du tunnel ?

Nous avons clairement dépassé le stade d’essayer de comprendre pourquoi les choses se passent telles qu’elles se passent. Nous avons dépassé le stade d’essayer d’inventer des théories du complot farfelues à base de nanoparticules, de puces RFID ou d’ondes mortelles pour trouver une explication plus logique et plus probable que celles qui nous sont présentées.

On se dit juste que peut-être, en soufflant un petit peu plus fort, toute cette montagne d’incompétence, de lâcheté, de manque de transparence, de suffisance et d’arrogance devrait s’effondrer comme la maison de paille du premier des trois petits cochons.

Et on attend que le vent se lève.

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