La Mouette déchainée
                             Réactions, enquêtes, déclarations...

                                 











Toutes les news



contact

Abonner un(e) ami(e)

Vous abonner

Qui sommes nous ?

13.10.2020

Nous avons besoin d’un « New Deal nucléaire », pas d’un « New Deal vert »



Par JEAN-PATRICK GRUMBERG

Jean Patrick Grumberg est journaliste.
Dans les années 70, il a travaillé sous la direction de Georges Wolinski à Charlie mensuel, puis a été chef d’entreprise, lobbyiste.
Il a vécu à Paris, à Los Angeles et à Tel Aviv, et vit entre la Californie et Israël.
Il est contributeur au site de Pamela Geller, et d’autres médias francophones et anglophones.


Si le changement climatique est provoqué par l’homme, la technologie nécessaire pour l’éviter existe déjà : c’est le nucléaire. Reste à savoir si les militants veulent vraiment sauver la planète ou punir l’homme, contrôler son mode de vie et détruire le capitalisme.

En juillet, le candidat présidentiel Joe Biden a publié son plan pour le climat et les infrastructures. Le vaste plan de Biden a fait sourciller. Il s’agit en tous points du New Deal vert des socialistes du parti, Alexandria Ocasio-Cortez en tête, sans en reprendre le nom.

Le plan de Biden, tout comme le New Deal vert, s’appuie sur les « énergies renouvelables variables » (c’est-à-dire l’énergie éolienne et solaire, dont la production varie en fonction du temps) pour décarboniser la terre.
  • Les énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien ne créent pas d’émissions de gaz à effet de serre, et jouent un rôle prépondérant dans ce que l’on appelle un « mix énergétique » : une combinaison de l’énergie nucléaire existante, des énergies renouvelables variables, de l’hydroélectricité et de la biomasse.
  • Malheureusement, la notion que les énergies renouvelables sont une technologie naturellement harmonieuse et neutre en carbone est très romantique, mais elle est absolument pas scientifique.
  • Et s’il faut écouter la science, comme le disent les écologistes et les climatologues, et bien écoutons ce que dit la science, tout ce qu’elle dit.
Prenons l’exemple de la Californie
  • Dans ma résidence, SCE, la compagnie d’électricité de Californie du sud, a coupé le courant dimanche 11 octobre à 19h30 jusqu’à lundi 12 à 4 heures du matin. C’est la deuxième fois ce mois-ci. C’est la conséquence de trente ans de mauvaises décisions environnementales soumises à l’idéologie et non à la science ou au bon sens..
  • Depuis 2001, l’État a décidé de remplacer l’énergie fossile – elle dégoûte les écolos – par des énergies renouvelables. Bon. Moi j’adore l’idée d’énergie renouvelable en soi, et particulièrement parce que je rêve d’un air pur, totalement pur. Hélas, c’est encore totalement irréaliste et nous le payons. L’instabilité du réseau électrique est responsable des coupures de courant depuis août dernier partout en Californie. Et lorsque les incendies ont éclaté, et nous commençons à découvrir que les équipements de PG&E, le principal fournisseur d’électricité de l’Etat, sont peut-être en cause – une enquête est en cours – les cendres ont masqué le soleil à certains endroits pendant de nombreux jours. Résultat : la production d’énergie solaire de l’État a été réduite d’un tiers (1).
  • Mais les problèmes du réseau électrique ne sont qu’une partie du problème. En Californie, l’énergie coûte incroyablement cher, malgré la baisse du coût des installations éoliennes et solaires (2).
  • Depuis que l’État a élargi ses ressources d’énergies renouvelables entre 2011 et 2019, les prix de l’électricité à la consommation, au lieu de baisser, a fait un bond de 30 % (3).
La Californie donne un aperçu de ce à quoi ressemblera la vie américaine si Biden est élu et qu’il n’a pas la volonté de résister à l’extrême gauche du parti comme beaucoup le craignent, et qu’il les laisse implémenter le Green New Deal.
  • Si la Californie avait investi dans l’énergie nucléaire au lieu des énergies renouvelables, non seulement nous n’aurions pas de coupures d’électricité en plein été (quand on ne peut pas se passer de la clim), mais nous aurions pu faire plaisir aux réchauffistes en faisant disparaître les émissions de carbone (4).
  • C’est pourquoi tout projet climatique qui ne donne pas la priorité au nucléaire par rapport à toutes les autres sources d’énergie est destiné à exacerber les divisions entre défenseurs et opposants des théories sur le réchauffement climatique, plutôt qu’à les résoudre.
Supériorité du nucléaire

"En un an, les habitants qui vivent à proximité d’une centrale nucléaire sont exposés à moins de radiations que quiconque a mangé une seule banane (7)"
  • Une grande partie des peurs concernant l’énergie nucléaire est malheureusement due au fait que le mot « nucléaire » est aussi celui de la bombe, et elle est liée aux craintes de l’époque de la guerre froide, des armes nucléaires militaires, et de la course au nucléaire qui a suivi.
  • Contrairement aux producteurs d’énergie, le monde de la médecine a été assez astucieux pour éliminer le mot nucléaire de son vocabulaire, ce qui a conduit à une excellente acceptation du public. On n’entend que très rarement parler de médecine nucléaire, cette branche de l’imagerie médicale qui utilise de petites quantités de matières radioactives afin de diagnostiquer la gravité, et traiter diverses maladies, notamment de nombreux types de cancer, de maladies cardiaques et de troubles gastro-intestinaux, endocriniens et neurologiques ainsi que d’autres anomalies du corps.
  • Heureusement, malgré une histoire commune, les armes nucléaires et l’énergie nucléaire civile ne pourraient pas être plus différentes. Les réacteurs des centrales civiles n’explosent pas comme des bombes atomiques (5) et les déchets nucléaires ne sont pas un suintement toxique incandescent.
  • Au cours de ses sept décennies d’existence, l’énergie nucléaire a toujours prouvé qu’elle était plus sûre (6) que toute autre forme de production d’énergie à grande échelle.
  • En un an, les habitants qui vivent à proximité d’une centrale nucléaire sont exposés à moins de radiations que quiconque a mangé une seule banane (7).
  • Le nucléaire est également et de loin la forme de production d’énergie la plus fiable (8), ce qui en fait l’outil idéal pour fournir la base du réseau électrique.
  • Les réacteurs nucléaires passent des années en fonctionnement continu, et le parc de centrales nucléaires n’a pas de limites techniques qui les empêchent d’être en service pendant 80 ans (9), voire un siècle.
  • De nombreux réacteurs existants dans le monde ont des capacités qui peuvent être considérées comme « avancées » : la centrale BN-800 (10) actuellement en service en Russie est un surgénérateur, ce qui signifie qu’elle peut utiliser des déchets nucléaires comme combustible.
  • Le réacteur CANDU (11) de conception des années 1950 est suffisamment petit pour être considéré comme « modulaire » et il peut utiliser de l’uranium non enrichi ou du thorium comme combustible.
L’épineuse question des déchets



La question de l’élimination des déchets radioactifs est probablement le plus gros problème des environnementalistes antinucléaires. On en fait tout un drame, et je le comprends. L’idée de déchets enterrés et dangereux pour toujours fait froid dans le dos du non-spécialiste, et a de quoi exciter la rage de toute personne au cerveau bien délavé. Tellement délavé qu’il refusera de savoir que les panneaux solaires, par exemple, produisent 300 fois plus de déchets que les réacteurs nucléaires pour la même quantité d’énergie produite.

Mais tous les déchets nucléaires ne sont pas créés égaux.
  • En fait, la plupart sont composés de déchets de faible activité (LLA) composés de vêtements de protection, de produits de nettoyage, d’équipements et d’outils qui ont été exposés à des radiations neutroniques.
  • Ces LLA représentent 90 % des déchets nucléaires en volume (12), mais seulement 1 % de la radioactivité totale, et surtout, ils peuvent être éliminés de manière sûre et définitive.
  • Puis il y a les déchets de haute activité (HLW). C’est le combustible à l’uranium lui-même, qui doit être remplacé environ tous les 50 ans – après avoir donc offert 50 ans de belle énergie propre à zéro émission de carbone – le rêve des écologistes devenu réalité.
  • Ces déchets de haute activité sont les substances hautement radioactives et à longue durée de vie qui font peur. Les médias se gardent bien, cependant, de révéler qu’ils ne représentent que 3 % (13) du total des déchets nucléaires.
  • Pour mettre les choses en perspective, la totalité des déchets nucléaires de la totalité des centrales nucléaires américaines depuis le tout début de l’existence du nucléaire civil tient sur un terrain de football (14) par 15 mètres de haut.
Par ailleurs, puisque nous parlons des dégâts créés par le nucléaire, parlons aussi de ceux des énergies renouvelables.

Les destructions imposées par les énergies renouvelables


Pour créer les 4100 TWh d’électricité dont les Etats-Unis ont besoin chaque année, il faut soit :
  • Une installation nucléaire, qui occupe 192 Km2,
  • Une installation éolienne, 76 960 Km2,
  • Une installation solaire, 86 581 Km2.
Autrement dit, pour fournir l’électricité à toute l’Amérique pendant 1 an, il faut confisquer, dépeupler, détruire tout l’habitat, l’agriculture, l’industrie, les routes, les aéroports, les infrastructures, la faune et la flore de la totalité d’un Etat comme la Caroline du Sud. Puis il faut niveler le terrain et construire les exploitations.

Et encore ! La production serait hautement incertaine, car dépendante des conditions météorologiques.
  • Niveler une surface de terrain équivalent à tout un État américain pour produire de l’énergie peut probablement sembler un compromis parfaitement acceptable pour certains (soyez certains qu’ils n’accepteraient jamais que cela soit réalisé derrière chez eux), mais cela ne résout pas le problème de la dépendance de ces sources d’énergie aux conditions météorologiques. Ni du stockage…
Stocker l’énergie renouvelable
  • Le fait que les énergies renouvelables doivent être stockées pour plus tard, ce qui nécessite l’utilisation de batteries au lithium, ne fait pas que compliquer encore les choses, cela soulève le même épineux problème du stockage des déchets… C’est le chat qui se mord la queue.
  • De plus, l’ampleur même de l’exploitation minière nécessaire à la production du lithium, l’utilisation de ces terres, et le fait qu’elle implique une domination de style néo-colonial, la corruption des dirigeants, et l’exploitation à bas prix, bien en dessous des lois du libre-marché, des ressources de pays sous-développés, rendent le choix de l’énergie renouvelable contraire à toutes les règles éthiques tant mises en avant par les groupes militants, et absolument contraire à l’idée d’énergie renouvelable.
Le « New Deal » nucléaire : le modèle français et sud-coréen
  • Aucun programme d’énergie nucléaire n’a jamais été lancé sans une forte intervention de l’État – les coûts d’investissement sont tout simplement trop élevés pour être pris en charge par des entités privées.
  • Joe Biden affirme vouloir s’appuyer sur « l’innovation » et la « commercialisation rapide » pour faire baisser les coûts de l’énergie nucléaire, ce qui signifie qu’il entend prier les Dieux de la Silicon Valley, lesquels sont des ogres exigeants. C’est une piste fallacieuse et dangereuse : le monde libre a déjà de quoi s’inquiéter, alors imaginez si Google, Amazon, Facebook, Apple et les autres décuplent leur déjà immense pouvoir qu’aucun système démocratique n’a jamais imaginé devoir gérer.
  • Les pays qui subventionnent au moins partiellement leur industrie nucléaire, paient moins que nous pour le nucléaire. Comme l’ont souligné (15) les chercheurs Michel Berthélemy et Lina Escobar Rangel, les coûts de construction peuvent être réduits en produisant en série des réacteurs identiques, avec des chaînes de montage.
  • Pour que cela fonctionne aux États-Unis, le gouvernement fédéral devra s’engager dans une politique industrielle comme celles de la France (16) et de la Corée du Sud (17), qui leur ont permis de créer leurs propres programmes nucléaires pour fabriquer les réacteurs nécessaires.
  • Ces réacteurs (et leurs centrales) doivent être standardisés pour récupérer les avantages de la construction en série.
  • Un nombre important de nouveaux réacteurs doit être construit chaque année.
  • De cette façon, l’industrie américaine augmentera sa capacité de production, abaissera ses coûts, et finalement, pourra vendre des installations clefs en main à des petits pays demandeurs.
  • Les réacteurs déjà en service devront faire l’objet d’examens de sécurité afin de prolonger leur autorisation de fonctionnement. Ils devront également faire l’objet d’une rénovation et d’une mise à niveau technique, afin d’accroître leur efficacité et leur sécurité.
  • Parallèlement à la construction de réacteurs, il faudra développer une industrie nationale du cycle du combustible solide pour fournir l’uranium.
  • Ensuite, les États-Unis devront former une main-d’œuvre, parce que la création de ces nouvelles centrales mettra à rude épreuve la capacité des programmes d’ingénierie nucléaire actuellement en vigueur, tant dans les universités que dans l’industrie, qui devront transmettre des décennies d’expertise à une nouvelle génération de métiers du nucléaire.
  • Sans compter la construction, et en prenant comme modèle l’usine de Diablo Canyon (18), on estime que 250 000 travailleurs seront nécessaires pour faire fonctionner quelque 230 de ces usines à perpétuité.
  • Si le déploiement américain de son parc nucléaire au XXIe siècle est conforme à sa nucléarisation historique (19), le taux annuel de réduction carbone sera de 0,5 % de mieux que la réduction de 5 % par an des « lois carbone » (20).
  • Ce taux élevé réduirait non seulement notre « budget carbone », mais réduirait les températures de la planète d’ici 2050. Et n’est-ce pas l’objectif de toute cette histoire de changement climatique ?
Mais la réduction des émissions ne s’arrête pas là…
  • Une fois que le réseau énergétique sera nucléaire et sans carbone, nous pourrons alors nous concentrer sur la production de chaleur à distance, de chaleur industrielle à haute température, et sur la production d’hydrogène et d’ammoniac.
  • Nous pourrons également décarboniser les transports et l’agriculture.
  • En fait, l’électricité à zéro émission de carbone ne sera que la première étape d’un objectif plus vaste, visant à atteindre carbone-zéro partout aux États-Unis.
Un avenir sans carbone et plaisant, qui maintient nos goûts pour la consommation, l’innovation et le confort est tout à fait possible.

Nous devons tourner le dos au Green New Deal qui vise à nous punir d’être ce que nous sommes, et nous réengager dans le rêve américain, qui a toujours été d’exceller dans la solution des problèmes les plus difficiles, grâce à l’industrie, au capitalisme, à la poursuite du bien public, et à l’encouragement de l’initiative individuelle par la libération des énergies créatives.
Un « Green Nuclear Deal » est la réalisation de ce rêve.
__________________

  1. https://www.eenews.net/stories/1063713459
  2. https://www.forbes.com/sites/brianmurray1/2019/06/17/the-paradox-of-declining-renewable-costs-and-rising-electricity-prices/#4311f37d61d5
  3. https://www.theintelligencer.net/opinion/local-columns/2019/08/mandated-wind-solar-power-makes-electric-bills-soar/
  4. https://environmentalprogress.org/big-news/2018/9/11/california-and-germany-decarbonization-with-alternative-energy-investments
  5. https://science.fusion4freedom.com/why-a-nuclear-reactor-cannot-explode-like-an-atom-bomb/
  6. https://ourworldindata.org/safest-sources-of-energy
  7. https://www.universityofcalifornia.edu/longform/what-know-you-go-bananas-about-radiation
  8. https://www.energy.gov/ne/articles/nuclear-power-most-reliable-energy-source-and-its-not-even-close
  9. https://www.energy.gov/ne/articles/whats-lifespan-nuclear-reactor-much-longer-you-might-think
  10. https://www.world-nuclear-news.org/NN-Russian-fast-reactor-reaches-full-power-1708165.html
  11. https://inis.iaea.org/collection/NCLCollectionStore/_Public/14/720/14720546.pdf
  12. https://www.world-nuclear.org/nuclear-essentials/what-is-nuclear-waste-and-what-do-we-do-with-it.aspx
  13. https://www.world-nuclear.org/information-library/nuclear-fuel-cycle/nuclear-wastes/radioactive-wastes-myths-and-realities.aspx
  14. https://environmentalprogress.org/the-complete-case-for-nuclear
  15. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00956292/document
  16. https://www.google.com/books/edition/The_Radiance_of_France_new_edition/8yl2BbxqFY0C?hl=en&gbpv=1
  17. https://www.world-nuclear.org/information-library/country-profiles/countries-o-s/south-korea.aspx#:~:text=History%20of%20the%20nuclear%l
  18. https://thebreakthrough.org/issues/energy/the-green-new-deal-and-the-legacy-of-public-power
  19. https://www.stockholmresilience.org/research/research-news/2017-03-23-curbing-emissions-with-a-new-carbon-law.html
  20. Article librement et largement inspiré de The Bellows (https://www.thebellows.org/we-need-a-nuclear-new-deal-not-a-green-new-deal/)
  21. Article librement et largement inspiré de The Bellows (https://www.thebellows.org/we-need-a-nuclear-new-deal-not-a-green-new-deal/)






Qui sommes-nous ?

Nous écoutons, nous lisons, nous regardons...

C'est parfois un peu ardu, et les news peuvent demander de l'attention.
Mais elle sont souvent remarquables !


Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion et nourrir celle-ci.
Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici.


Nous ne sommes nullement engagés par les propos que l'auteur aurait pu tenir par ailleurs,
et encore moins par ceux qu'il pourrait tenir dans le futur.

Merci cependant de nous signaler par le formulaire de contact toute information concernant l'auteur qui pourrait nuire à sa réputation.


Bien sûr, vos commentaires sont très attendus.


   L'équipe de La Mouette déchaînée.