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10.09.2020

Climat : l’alliance de Juliette Binoche et du goupillon



Par Nathalie MP Meyer

    Nathalie MP Meyer est née en 1962.
Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance.
Depuis 2015, elle tient "Le Blog de Nathalie MP" avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.


Depuis 2015 et Laudato Si’, rien n’a changé : on s’enfonce de plus belle dans les terreurs de l’urgence climatique et écologique.

En juin 2015, alors que je me livrais à une critique plutôt sévère de l’encyclique Laudato Si’ que le pape François venait de publier sur « l’écologie intégrale » qu’il appelait de ses vœux à grand renfort de décroissance anti-marché, anti-production, anti-progrès scientifique et anti-mode de vie occidental, j’écrivais la chose suivante :

"L’encyclique est en préparation depuis 2013, et j’absous bien volontiers le pape du moindre opportunisme dans sa publication, mais quel cadeau extraordinaire en vue de la Conférence climat COP21 qui se déroulera à Paris en décembre prochain !"

Eh bien, j’avais partiellement tort. Grâce à Juliette Binoche et quelques amis à elle qui ont rencontré le pape François au Vatican le 3 septembre dernier, on sait maintenant qu’après avoir discuté avec Ségolène Royal la ministre française de l’Écologie de l’époque, le souverain pontife a accéléré l’écriture de son encyclique afin que le texte soit disponible avant la conférence et puisse peser de toute son autorité morale sur les cruciales décisions qui devaient impérativement y être prises !

On le savait déjà et cette petite anecdote le confirme : le pape François a une fâcheuse tendance à se prendre pour un politicien de base. Il est certes complètement dans son rôle lorsqu’il nous invite à faire preuve de miséricorde et à nous décentrer afin d’être présents aux « périphéries » de la société.

Mais à peine a-t-il achevé de parler de « la centralité de la personne humaine » qu’il enchaîne sur des politiques clefs en main qui ont le don de provoquer le ravissement de tous ceux qui, surtout à gauche, sont à la pointe de la convergence des luttes « fin de mois, fin du monde » à coup de planisme imposé et de fiscalité délirante.

Et puis Binoche, Royal… Voilà un pape qui sait s’entourer ! La seconde est célèbre pour en savoir beaucoup plus sur les causes du cancer du sein qu’un professionnel comme Axel Kahn.

Quant à l’actrice, qu’on ne présente plus tant elle écume les tribunes écolos, elle a offert au pape de l’artemisia annua, une plante dont elle soutient que les feuilles séchées consommées en tisane constituent un remède redoutablement efficace contre le paludisme et qui n’est écartée des protocoles thérapeutiques autorisés que pour faire plaisir aux Big Pharmas.

L’Académie française de médecine n’est pas tout à fait de cet avis mais que vaut sa science quand on a l’appui du directeur du Collège des Bernardins Laurent Landete qui faisait aussi partie du voyage au Vatican ? Il est vrai que ce dernier a une formation d’infirmier, ce qui lui permet de porter un regard pas du tout politisé sur le sujet :

Cette plante offerte au pape constitue « un trait d’union entre le cri de la terre et le cri des pauvres » d’autant que « les laboratoires pharmaceutiques se sont emparés de cette question (du paludisme) de manière honteuse. »

Mais pour en revenir à la COP21, de quelles décisions parle-t-on ? Principalement de celle qui consiste à tout faire, absolument tout, et tant pis s’il faut un peu brusquer les populations au passage, pour limiter la hausse de la température moyenne globale depuis l’ère pré-industrielle à 1,5 °C d’ici la fin du siècle.

Un objectif qui nous vaut depuis lors un battage politico-médiatique insensé et incessant pour nous pousser à accepter sans broncher l’avenir fort peu riant que l’écologisme le plus radical et le plus bruyant, Convention citoyenne pour le Climat incluse, a concocté pour nous :

Pour bien faire, il faudrait interdire la vente de véhicules neufs pour un usage particulier, il faudrait que les constructions neuves soient exclusivement de l’habitat collectif avec une surface maximum de 30 m2 par habitant, que les vols hors Europe non justifiés soient interdits, que les vêtements neufs mis sur le marché soient limités à 1 kg par personne et par an, que la consommation de viande passe de 90 kg à 25 kg par personne et par an, que toutes les parcelles de jardin deviennent productives, etc. etc.

Il faudrait en outre assujettir nos droits fondamentaux inscrits dans la Constitution à la priorité environnementale et reconnaître un crime d’écocide malgré la difficulté d’en définir les contours de façon indiscutable. Et n’oublions surtout pas, il faudrait se débarrasser une fois pour toutes de l’énergie nucléaire qui a l’immense tort de rendre possible un avenir décarboné mais hélas beaucoup trop croissant !

Bref, des préconisations paupérisantes et liberticides à vous donner la chair de poule, mais qui représentent cependant la mesure concrète du dirigisme ultra-autoritaire que nos activistes les plus divers exigent des États dans tous les domaines de notre vie « pour sauver la planète ».

Car, oui, la planète est en danger sous les coups conjugués de l’épuisement des ressources et du réchauffement climatique. « La création gémit », comme dirait le pape François. Il y a donc urgence, une urgence mortelle qui fait qu’on ne peut plus regarder l’inaction climatique criminelle de nos États sans réagir. Juliette Binoche le dit, Fred Vargas le dit, Nicolas Hulot le dit, EELV le dit, bref, tous nos écolo-effondristes nationaux, les Aurélien Barrau, les Pablo Servigne, le disent.

Pablo Servigne… Tiens, lui aussi était du voyage au Vatican. Eh bien, figurez-vous qu’il est sorti de l’entrevue pontificale fabuleusement ragaillardi car il a pu constater en direct à quel point le pape François était lui-même sujet à une profonde déprime emprunte de collapsologie :

"J’étais fâché avec l’institution catholique jusqu’à la publication de Laudato Si’. Le pape s’est vraiment rendu compte que l’on est au bord du précipice, que c’est une question de vie ou de mort."

Quelle merveilleuse communauté d’esprit ! Quelle belle réconciliation ! Très souvent critiquée lorsque le pape réaffirme les positions globalement pro-vie de l’Église contre l’avortement, l’euthanasie et la peine de mort, voilà qu’avec Laudato Si’ l’institution catholique apporte un soutien appuyé à la Sainte Chapelle progressiste qui fait de l’écologie un combat anticapitaliste. Il serait tellement dommage de ne pas prolonger l’écho de cette audience retrouvée…

C’est pourquoi l’on se tromperait beaucoup si l’on pensait que Juliette Binoche est à l’origine de cette rencontre éminemment people entre des militants écologistes français et le Pape. L’initiative en revient en réalité à Mgr de Moulins-Beaufort – qui n’est jamais que le président de la Conférence des évêques de France, c’est du sérieux ! – et qui est célèbre pour avoir déclaré lors de l’Assemblée plénière des évêques français de novembre dernier à Lourdes :

"Le sujet qui marquera l’histoire, ce sera la contrainte écologique. […] Notre époque restera donc dans l’histoire certainement comme celle où l’humanité a pris conscience des limites des ressources de la planète et de la transformation nécessaire des modes de production et de consommation, de l’ensemble de nos modes de vie."

Et c’est ainsi que la semaine dernière, au terme d’un long voyage de plus de vingt heures en train et en bus (empreinte carbone oblige) et « sous un soleil de plomb », se sont retrouvés au Vatican en audience privée avec le pape François non seulement Juliette Binoche, Pablo Servigne, Laurent Landete et Mgr de Moulins-Beaufort cités plus haut, mais également (liste non exhaustive) :

· Audrey Pulvar, ancienne journaliste, adjointe d’Anne Hidalgo (PS) à la mairie de Paris, en charge de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts ;
· Gaël Giraud, économiste et jésuite, toujours étonnamment proche des pétitions de l’extrême gauche ;
· ou encore la juriste Valérie Cabanes qui milite en faveur de la reconnaissance du crime d’écocide – un combat qu’elle partage avec le pape ; ça tombe bien.



Tous auront donc eu le plaisir d’entendre le pape François dire exactement ce qu’ils pensent déjà eux-mêmes et promettre que dans ce combat pour la planète, l’Église ne négligera pas sa mission :

Pour sa part, […] l’Église veut surtout former les consciences en vue de favoriser une profonde et durable conversion écologique. »

Ça promet.

Bref, depuis 2015 et Laudato Si’, rien n’a changé : on s’enfonce de plus belle dans les terreurs de l’urgence climatique et écologique qui poussent le pape à lancer régulièrement des appels angoissés à « réparer la Terre » et « changer nos modes de vie » face à une « demande de croissance » qui « épuise l’environnement ».

Aucune raison, donc, de changer ma conclusion :

Si l’on ne peut qu’être d’accord avec le pape pour assurer la sauvegarde
de la « maison commune », je suis toutefois beaucoup plus réservée sur les moyens qu’il décrit lors ses interventions successives pour y parvenir et je crains que le soutien d’une telle notoriété morale apporté aux thèses de la décroissance anticapitaliste ne soit de nature à scléroser le nécessaire débat sur les politiques économiques à mener en vue du progrès humain et n’aboutisse finalement qu’à générer de plus en plus de pauvreté et de moins en moins de liberté.


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