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12.03..2020
 
On annule tout. Maintenant.


Par Olivier Sibony
Strategy professor, writer, speaker and advisor

Olivier Sibony est consultant, auteur et enseignant,
spécialiste de la prise de décision stratégique.
De 1991 à 2015, Olivier Sibony a exercé chez McKinsey, aux bureaux de Paris, New York et Bruxelles.

Il y a quelques jours, j'écrivais que nos biais cognitifs peuvent nous induire en erreur dans des directions opposées quant à l'impact du #coronavirus ; et que je ne savais pas si on était en train de réagir trop ou pas assez. Les faits n'ont pas changé, mais mon opinion, si : j'avais tort de ne pas être plus clair. Nous n'en faisons pas assez. Il est urgent de prendre, tous et chacun, des mesures radicales.


J'avais tort de ne pas être plus clair : nous n'en faisons pas assez pour ralentir la progression de cette épidémie. Loin s'en faut.

Je rappelle ce que tout le monde a maintenant compris en théorie, mais pas encore en pratique : seules des mesures de réduction drastique des contacts sociaux peuvent permettre de réduire la vitesse de propagation de l'épidémie. L'enjeu est de ralentir la croissance du nombre de cas nécessitant un traitement lourd, afin de ne pas déborder le système de santé. Il faut pour cela "flatten the curve", aplatir la courbe. On voit en Italie ce qui se passe quand on n'y parvient pas.

Nous n'avons pas pris des mesures plus radicales, ni beaucoup plus précoces, que nos amis italiens. Et l'Italie n'est pas un pays du tiers monde. Ce qui arrive chez eux va arriver chez nous.

Le nombre de cas en France a crû de 25%, 26% et 28% les 9, 10 et 11 mars, c'est-à-dire doublé en 3 jours. A ce rythme, il y aura environ 12.000 cas le 18 mars. Qu'on les dépiste ou non n'y change rien. C'est autant que le nombre de cas comptabilisés en Italie aujourd'hui. (Oui, il est sans doute très sous-estimé... mais le nôtre aussi).

Qu'est-ce qui peut ralentir l'épidémie ? J'emprunte un visuel très parlant à une longue analyse disponible ici, qui recoupe toutes les sources sérieuses que j'ai lues ces jours-ci. Il contraste ce qui se passe dans les premiers pays touchés par l'épidémie (hors Chine) avec ce qui s'est passé dans les autres régions chinoises (hors Hubei). Rappelons que le Hubei a instauré un "lockdown" plus sévère encore que celui de l'Italie à un moment où n'y avait officiellement que 400 cas. C'est cette action très rapide qui a permis d'enrayer la progression de l'épidémie au Hubei, puis dans le reste de la Chine. Hong Kong et Singapour, forts de l'expérience du SRAS, ont également échappé à la trajectoire de croissance exponentielle sur laquelle nous sommes, en prenant très tôt des mesures radicales.



On peut discuter des détails : le nombre de cas en Chine est-il trafiqué ? le taux de croissance du nombre de cas en France va-t-il se maintenir ? ou est-il au contraire sous-évalué par le manque de tests ? Mais aucun scénario réaliste ne permet de penser que le problème va se régler tout seul avant de prendre des proportions considérables.

Face à cela, je suis étonné du nombre de messages que je reçois proposant de maintenir des réunions ; du nombre de posts et de tweets qui prennent le sujet à la légère ; des théâtres qui maintiennent leurs spectacles en vendant 999 places ; des films qui sortent comme prévu ; etc. Je comprends la détresse de mes amis des secteurs du voyage ou de l'événementiel, mais les messages sur le thème "on en fait trop, ce n'est qu'une grippe" sont déplacés. Les bars de mon quartier sont pleins ; les écoles ne sont pas fermées ; les universités continuent de réunir leurs étudiants à plus de mille par amphi ; les élections municipales sont (pour l'instant) maintenues, ce qui est assez ahurissant.

Presque "business as usual"...
alors que nous sommes devant une crise sans précédent.


Bref, presque "business as usual"... alors que nous sommes au bord d'une crise sanitaire qui pourrait faire des dizaines, voire des centaines de milliers de victimes en France. (Angela Merkel, qui sait compter, estime que l'infection touchera 60 à 70% de la population, et le taux de létalité est pour l'instant de l'ordre de 1%. Faites le calcul : même si on se trompe d'un facteur 2, le bilan sera lourd.)

On peut comprendre que le gouvernement soit sur une ligne de crête difficile à tenir : on n'est pas en Chine ; et pour que des mesures de restriction des libertés soient socialement acceptables, il faut une prise de conscience collective du danger. Le problème de la croissance exponentielle, c'est que quand on en a pris conscience, c'est trop tard.

Nous ne sommes pas obligés d'attendre, pour agir, que le gouvernement nous dise que nous sommes entrés dans telle ou telle phase d'un plan de prévention. On peut faire une chose très simple : remettre à plus tard tous les contacts non strictement nécessaires. Sans paniquer -- ça ne sert à rien -- mais sans attendre non plus les bras croisés que les autorités (ou le big boss) donne des consignes.

Alors, se laver les mains plus souvent, éternuer dans son coude, ne plus se serrer la main, encore moins se faire la bise : oui, bien sûr. Mais surtout, regardez votre agenda : vous organisez une réunion ? Faites-la à distance. Une conférence ? Remettez-la. Un voyage ? Décalez-le.

Sans attendre : de toutes façons, dans quelques jours, vous y serez contraint.
Et sans avoir peur du ridicule (qui, contrairement au virus, ne tue pas).
Dans une semaine, tout le monde vous félicitera. Par téléphone.

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