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19.02.2020
Affaire Griveaux : quand nos sexualités finissent clouées au pilori ![]() Par Maïa Mazaurette Maïa Mazaurette (c'est un pseudonyme), née à Paris le 22 juillet 1978, est une autrice, peintre, chroniqueuse et blogueuse française. La majeure partie de son travail tant éditorial que fictionnel se porte sur les questions de sexualité, de la répartition des rôles hommes-femmes, la place des minorités sociales ainsi que celle du corps dans les sociétés. Maïa Mazaurette revendique la qualification de féministe. 28%
des hommes Français ont déjà fait l’amour virtuellement : derrière les
manoeuvres politiques, la sexualité de tous et de toutes est visée.
Selon les projections de l’institut de sondage Ifop, 4 millions de personnes ont visionné les vidéos privées de Benjamin Griveaux – une affaire qui a forcé au désistement le candidat LRM à la mairie de Paris. L’artiste russe Piotr Pavlenski, qui a divulgué ces images, a prétendu dénoncer l’hypocrisie d’un homme politique dont le tort serait de se livrer à la « propagande des valeurs familiales traditionnelles ». Alors très bien, parlons des valeurs familiales traditionnelles des Français. Selon un nouveau sondage IFOP qui paraît aujourd’hui (réalisé pour CAM4/Hot Vidéo), 28% des Français (hommes) ont déjà fait l’amour virtuellement (39 % pour les moins de 35 ans). 11 % des Français ont déjà exhibé leurs organes génitaux devant une webcam. Non seulement Griveaux n’a rien fait d’illégal, mais il était statistiquement aligné sur son électorat : crédité de 15% des intentions de votes, alors que 16% des Français ont déjà envoyé des photos ou vidéos dénudées. (Pour les dick pics en particulier : 13% des hommes ont déjà envoyé une photo de leur pénis.) Si on voulait simplifier : Griveaux est tombé pour avoir eu la même sexualité que nos voisins de palier, sous prétexte qu’une règle implicite, dans le « corps » politique, suggère que les politiques n’ont pas de corps. Nous voilà bien embêtés. Alors quoi, l’infidélité serait en cause ? Car c’est bien l’argument de la moralité qu’avance Piotr Pavlenski, qui déclarait jeudi dernier, dans un entretien à Libération, que son acte relevait d’une forme de service rendu à la nation française et à la ville de Paris : « Ça ne me dérange pas que les gens aient la sexualité qu’ils veulent […], mais ils doivent être honnêtes. Il veut être le chef de la ville, et il ment aux électeurs. Je vis désormais en France, je suis parisien, c’est important pour moi. » Sauf qu’en France en général, et à Paris spécifiquement, l’honnêteté ne se joue pas sur le terrain sexuel. Selon une autre enquête de l’IFOP, datant de 2016, 58% des Parisiens ont déjà été infidèles, contre 48% des provinciaux. C’est chez les catholiques pratiquants que les rapports extra-conjugaux sont les plus fréquents, et ce chiffre ne devrait surprendre personne : quoi de plus « traditionnel » en France que d’avoir des amants ou des amantes ? Nous sommes, en outre, le pays au monde où les escapades sont les mieux acceptées. Selon le Pew Research Center en 2014, 53 % des Français estiment que l’infidélité n’est pas moralement inacceptable. Les vies privées de nos présidents l’ont démontré : Mitterrand, Sarkozy ou Hollande ont pu connaître des aventures diverses, sans avoir à subir les embarras d’un Clinton. Du coup, malgré la tentative de Pavlenski pour importer la transparence « à l’américaine » dans la vie politique française, il oublie qu’au sein de la nation des Lumières, l’intégrité morale n’est pas alignée sur la vie sexuelle. Et pourtant. Sur le site pornopolitique.com de Pavlenski, désormais désactivé, on pouvait selon l’Express lire que seuls étaient visés « les fonctionnaires et représentants politiques qui mentent à leurs électeurs en imposant le puritanisme à la société, alors qu’ils le méprisent eux-mêmes ». Le puritanisme, imposé ? Par qui, comment ? Toujours selon l’IFOP, 26% des Parisiens ont déjà fréquenté un lieu échangiste, 68% ont connu au moins une aventure d’une nuit, 44% ont déjà couché avec quelqu’un dont ils ne connaissaient pas le prénom. 43% ont tenté le plan a trois, 35% le sexe en groupe (plus de trois partenaires). 38% ont eu recours à un.e prostitué.e. 49% ont fait des galipettes dans un lieu public. Côté tableau de chasse, les hommes parisiens ont eu une moyenne de 25,6 partenaires (contre 14,1 dans le reste de la France). Piotr Pavlenski vit en France depuis presque trois ans, mais manifestement, il prend ses nouveaux concitoyens pour des enfants de chœur. Coup de pub ? Manipulation politique, complot intergalactique ? Prisme idéologique d’une personne ayant fui un pays effectivement conservateur en terme de libertés sexuelles ? Les prochains jours nous le diront peut-être. En attendant, on ne moralise pas la vie publique par des actions immorales. Parce que ça, c'est vraiment hypocrite. En
“punissant” Griveaux, ses opposants ont tourné en ridicule des
pratiques parfaitement banales, notamment chez les jeunes
(surreprésentés chez les adeptes de camsex, ils sont les plus
susceptibles de s'auto-censurer).
Le lien entre sexualité “différente” et prise de risque en sort renforcé. Ce n'est pas seulement l'homme politique qui est visé : c'est nous tous, nous toutes.
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